Un sac à dos. Une passion. Des voyages.

13 questions sérieuses à Lucie

Lucie, devant le Château Frontenac de Québec, au printemps 2009 (photo prise par Sigrid Offenstein)

Afin de poursuivre sur le thème de l’expatriation, abordé le mois dernier lors de l’entrevue avec Jason, j’ai décidé d’interviewer Lucie Aidart, auteure du blogue Voyages et vagabondages (au moment de publier cette entrevue, le site connaît quelques problèmes, mais ils devraient être réglés sous peu). D’origine française, Lucie habite à Londres depuis l’automne 2010, où elle travaille comme traductrice. Elle a aussi effectué plusieurs voyages par le passé, de sorte qu’elle a connu différentes expériences sur la route. Les réponses suivantes présentent donc sa vision de l’expatriation, des voyages.

Comment en es-tu arrivée à devenir une expatriée?

Depuis que je suis ado, je voulais tenter l’expérience de vivre à l’étranger. L’opportunité s’est présentée en 3e année de fac, où je suis partie en Suède en Erasmus. Puis, j’ai renouvelé l’expérience à Montréal pour un stage. Lorsqu’il a fallu se lancer dans le marché du travail, la crise était bien installée en France et j’ai beaucoup galéré. J’ai donc voulu retenter l’expérience de l’expatriation. J’ai bien fait, c’est un mode de voyage que j’apprécie tout particulièrement.

Avant de partir t’établir à Londres, avais-tu des craintes face à ce que tu allais vivre là-bas? Si oui, lesquelles?

Ayant déjà vécu plusieurs fois à l’étranger auparavant, je n’avais pas de craintes particulières, si ce n’est concernant mon intégration dans mon nouveau milieu de travail. Je parlais déjà bien anglais, je savais me débrouiller et le choc culturel n’était pas trop violent. Je me suis donc très vite adaptée.

Comment s’est déroulée l’arrivée dans ton nouveau milieu?

Le boulot, les amis, les sorties, tout allait bien. Je me suis très vite adaptée à mon nouveau milieu et j’ai vite été un poisson dans l’eau. Seuls soucis : niveau logement. J’étais logée chez l’habitant dans le cadre de mon stage. Je me suis fait virer au bout d’une semaine de ma première résidence sans raison valable et j’ai ensuite atterri chez une femme complètement folle. J’ai vécu six mois avec elle, car je n’avais pas les moyens d’aller ailleurs et ce ne fut pas la joie pendant ces six mois.

Qu’est ce que tu aimes le plus de ta vie d’expatriée?

Ce que j’aime dans l’expatriation, c’est d’être constamment étonnée. Certes, le choc culturel avec Londres n’est pas énorme, mais il y a toujours des petites choses qui surprennent au quotidien. Que ce soit dans le langage, les habitudes, la culture. On n’est jamais à 100 % en terrain connu et j’ai l’impression d’en apprendre tous les jours, que ce soit au niveau de l’anglais ou sur le plan culturel. Les gens que l’on rencontre au quotidien ont une autre histoire et une autre culture et ont donc toujours quelque chose d’intéressant à nous apporter. J’ai un peu l’impression de vivre quelque chose d’extraordinaire tous les jours, loin de la routine que je pourrais avoir en France.

Qu’est-ce que tu aimes le moins de cette vie?

Ne pas disposer des avantages que je pourrais avoir en France (35 h, vacances, jours fériés, sécu, retraite…) est un des inconvénients. Je n’aime pas non plus devoir dire constamment au revoir. Les adieux sont fréquents dans le milieu des expat’, encore plus à Londres, où tout le monde bouge tout le temps.

Mais le plus difficile, je crois c’est de vivre loin de ses amis et de sa famille. On vit des choses que l’on peut difficilement partager avec nos proches et l’inverse est vrai aussi. Du coup, parfois, il y a une sorte de décalage qu’il n’est pas facile au bout d’un moment de combler. Heureusement, avec certaines personnes, les liens sont si forts qu’ils sont incassables, même si l’on ne les voit pas pendant des années !

Quelles leçons as-tu tirées de ton expérience, jusqu’à présent?

Que même si parfois, ce n’est pas facile, l’expatriation est faite pour moi. Je me vois mal vivre en France dans les années à venir, j’aurais peur de m’ennuyer. Que j’ai besoin de vivre dans une ville comme Londres, immense, qui offre tant d’opportunités. Que même si c’est un choix fait en toute connaissance de cause, l’expatriation a ses hauts et ses bas et le coup de blues n’est jamais très loin. En s’expatriant, on espère parfois retrouver l’année Erasmus, l’année la plus mémorable de notre vie. Sauf que c’est quelque chose que l’on ne retrouvera pas et l’expatriation est quelque chose de bien différent.

Tu pratiques le karaté depuis de nombreuses années, de façon plus ou moins régulière. Or tu as recommencé à le pratiquer plus sérieusement à Londres. Quelle importance avait pour toi le fait de renouer avec une activité familière dans un autre pays?

Une fois que l’on est installé quelque part depuis un moment et que l’on a l’intention d’y rester, je crois que c’est important de retrouver nos habitudes et de continuer à vivre ses passions, comme on l’aurait fait en France. Pour ma part, c’est un sport qui me manquait vraiment et je ne l’ai réalisé vraiment que quand j’ai remis les pieds sur le tatami… C’est aussi un excellent moyen de sortir et de rencontrer de nouvelles personnes avec les mêmes centres d’intérêt que nous. À ne pas négliger quand on est nouveau dans un pays ou une ville.

Comment crois-tu que cette expérience d’expatriation influencera ta vie, tant au plan professionnel que personnel?

Professionnellement, ce n’est que positif. Une expérience à Londres m’ouvrira d’autres portes, pour des emplois dans des pays anglophones par exemple. En tout cas, je l’espère vraiment. Langue, ouverture, adaptabilité, que des points forts à mettre en avant sur le CV.

Au niveau personnel, j’ai rencontré (et je rencontre encore) des gens extraordinaires. Sur ce plan-là, c’est très enrichissant. Aussi cliché que cela puisse paraître, en partant loin, on en apprend aussi plus sur soi-même et on mûrit plus vite. Je sais que ces expériences m’ont construite et me construisent encore, mais je sais aussi que faire ce choix rend d’autres choses plus compliquées, au niveau de certains amitiés ou relations amoureuses. Pas forcément facile tous les jours, mais pour l’instant je ne regrette pas mon choix.

Quels conseils donnerais-tu à une personne qui hésite à aller travailler dans un autre pays?

Il faut se dire que s’expatrier, ce n’est pas forcément pour toujours. Alors passer à côté de la chance de travailler à l’étranger, que ce soit juste pour un an ou deux, ce serait vraiment dommage. Professionnellement, ce sera un vrai boost pour votre CV et vous aurez la chance d’apprendre une nouvelle langue et personnellement cela changera votre vie. Vous vous épanouirez et vivrez des aventures uniques. On n’a qu’une vie, alors j’ai envie de dire « foncez, votre vie sera toujours là quand vous déciderez de revenir ». Il n’y a rien qui vous retient, alors cessez de vous trouver 1000 excuses.

À la lecture de ton texte de présentation, on comprend que Voyages et vagabondages a un double objectif: raconter ta vie d’expatriée et devenir une ressource plus globale sur l’univers des voyages. Comment parviens-tu à concilier ces deux objectifs?

Je fonctionne plus au feeling qu’autre chose et il n’y a pas d’organisation véritable. Je ne raconte pas vraiment ma vie d’expatriée dans tous ses détails, comme d’autres peuvent le faire… Formalités, vie quotidienne… ce sont des infos que l’on peut trouver ailleurs. Je préfère parler de culture, de coutumes, d’évènements extraordinaires ou de bons plans autour du lieu où j’habite. Je n’ai pas vécu qu’à Londres, j’ai voyagé ailleurs et j’aime en parler. Je sais aussi que je ne resterai sans doute pas toute ma vie à Londres et j’ai donc voulu ouvrir le blog à des sujets plus vastes, qui me tiennent aussi à cœur, autour du voyage. Je fais aussi des excursions régulières en Europe ou au Royaume-Uni, alors cela permet de donner un peu de dynamisme au blog.

Compte tenu de ces objectifs, comment choisis-tu les sujets de tes billets?

Comme je le disais, au feeling. Selon mes idées du moment, ce qui se passe dans ma vie londonienne, mes excursions, l’actualité, d’autres articles publiés sur d’autres blogs, mes lectures… Tout cela m’inspire et me fait écrire. Je n’écris que sur ce qui me motive vraiment et je ne me forcerai pas à écrire sur quelque chose qui ne m’intéresse pas.

Dans ton billet « Bien s’intégrer dans son nouveau pays d’adoption », tu donnes des trucs aux voyageurs pour faciliter leur intégration dans un nouveau pays. Selon toi, quel est le défi le plus sous-estimé auquel doit faire face une personne qui part vivre à l’étranger?

Des défis, il y en a de toutes sortes, selon la personnalité de chacun. Pour certains, cela va être le fait d’être loin de la famille, pour d’autres, le fait de ne pas avoir de bon fromage ou pain à disposition, pour d’autres la solitude, pour d’autres la langues ou pour d’autres encore, un choc culturel complet avec une adaptation difficile. Chacun vit son expatriation différemment selon son vécu et sa personnalité. À chacun ensuite de faire face à ses problèmes et de les résoudre du mieux qu’il peut. Pour ma part, je pense que mon plus grand défi sera de revenir un jour au pays…

Quels sont tes projets?

Pour l’instant, je suis Londonienne. Il me reste encore tant de choses à y découvrir que je ne veux pas partir tout de suite. Il n’y a pas une seule seconde où je m’y ennuie, c’est même plutôt l’inverse, alors je ne suis pas encore prête à partir. Et puis, professionnellement tout va bien. Bien sûr, cela me démange toujours de partir sur les routes, mais ce n’est pas pour tout de suite, même si j’ai plein de projets ou d’idées. Voyages au long cours, expatriation dans d’autres pays… Je suis jeune et j’ai encore du temps devant moi. En attendant, je prends un énorme plaisir à explorer Londres, le Royaume-Uni et l’Europe. Et dans l’année à venir, j’ai plusieurs idées (trop) pour de long week-ends ou vacances… Barcelone, Genève, Munich, Belfast, Paris, Orkney Islands… j’ai de quoi faire ! Et puis, 2012 est l’année où il faut vivre à Londres. Il va se passer tellement de choses autour des Jeux olympiques que le blog sera très animé. Je crois que je vais avoir une année très très chargée !

La suite de cette entrevue sera publiée ce jeudi.

7 Comments

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  1. Merci pour cette interview Stéphane et j’espère arriver à régler mon souci de blog aujourd’hui!

  2. Y a pas de quoi Lucie, merci à toi d’avoir accepté d’en faire une pour mon blogue. Bonne chance avec ton blogue!

  3. Je suis relativement d’accord avec toi quand tu parles du karaté. Reprendre ses habitudes sportives ou culturelles sont un bon point pour s’intégrer… encore faut-il en avoir !
    Je ne pratique quasiment jamais de sport en France (ou alors 1 année sur 5), mais lorsque j’étais à Montréal je me suis inscrite à des cours de danse pour sortir, rencontrer du monde, ancrer ma vie dans le réel et pas juste dans le « passage ». C’est aussi super pratique quand on déménage, en restant en France !

  4. Tu as raison, le sport (ou autres) est important pour ancrer sa vie dans le quotidien et non juste dans le passage. J’ai par exemple été ravie d’aller en stage de karaté à Liverpool et pas juste pour le tourisme… A répéter l’année prochaine…

  5. Super cette interview ! tu as raison Lucie, je reconnais bien là l’ame de voyageuse qui t’anime ! :) tu prends l’expatriation exactement de la façon dont tout le monde devrait le faire…
    et je tiens à ajouter aux futurs (ex) expat : partir est une expérience extraordinaire mais sachez une chose … une fois qu’on essaie … on a toujours envie d retenter l’expérience ! :)
    Bonne route à tous!

  6. Merci miss Charline! Reprendre la route te travaille toujours autant?

  7. Je suis d’accord que retrouver une de ses habitudes, en voyage, permet de mieux s’ancrer dans notre nouveau milieu. Et je suis aussi d’accord que partir une fois donnera assurément le goût de recommencer. Belle discussion, mesdames! Je vous encourage à la poursuivre, c’est intéressant.

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