Bilan: quatre mois plus tard

Il y a quatre mois aujourd’hui, je quittais Montréal pour entreprendre mon tour du monde. C’est maintenant l’heure de faire un bilan de mon voyage.

Les leçons

Je suis aujourd’hui beaucoup plus patient, grâce à mes nombreux trajets en bus, bateau et avion. À mon sens, c’est une qualité indispensable en voyage, car les distances entre les lieux visités sont parfois très grandes. Éprouver de la frustration devant cette réalité ne donne rien. Au contraire. Cette frustration ne fait que rendre encore plus pénible une situation déjà difficile. La clé pour passer le temps? Trouver des façons de s’occuper. Certains aiment lire, d’autres préfèrent écouter de la musique, dormir ou pianoter sur leur iPhone. Ces façons découlent de la personnalité de chacun. Pour ma part, j’aime lire, écouter de la musique ou simplement réfléchir. Combien de fois dans une vie souhaite-t-on prendre du temps pour vraiment approfondir un sujet, une question? Eh bien, en voyage, c’est le moment parfait pour cela. Et j’en profite.

Cette patience s’est développée non seulement dans ma manière de gérer le temps pendant mes déplacements, mais aussi dans mes rapports avec les gens. Je tolère de mieux en mieux les impertinents, les agressifs, les insistants et autres parasites sociaux. Pas que je ne les trouve plus agréable à côtoyer, non; mais juste que j’ai compris que ça ne servait à rien d’envenimer une interaction déjà médiocre. Apprendre à ne pas laisser la colère prendre le dessus est difficile, mais en bout de ligne, cette qualité se répercutera dans toutes les sphères de la vie: dans les rapports amicaux, intimes, professionnels, etc. L’exercice de la patience démontre une confiance en soi assumée, confiance qui peut même avoir un effet apaisant sur les autres protagonistes de l’interaction.

Des premières fois

Au cours du dernier mois, j’ai vécu plusieurs expériences pour la première fois: j’ai suivi un cours de de bokator (un art martial cambodgien traditionnel), j’ai mangé du serpent (du cobra), j’ai assisté à un mariage vietnamien et j’ai pris un bus de nuit qui avait des couchettes au lieu de sièges.

Les meilleurs moments

Un très beau mois, riche en émotions, encore une fois. Parmi les meilleurs moments de mon mois, j’ai particulièrement aimé mes visites au musée de Tuol Sleng à Phnom Penh et au Musée des Vestiges de guerre à Ho-Chi-Minh-Ville (deux endroits très, très durs, mais qui jettent un regard fascinant sur des évènements atroces), le mariage vietnamien auquel j’ai été spontanément invité en compagnie de deux amies, le cours de bokator, ma visite au marché flottant de Cai Rang, la “booze cruise” sur la mer de Chine méridionale, ma promenade en vélo dans les rues de Nha Trang, mon cours de cuisine vietnamienne à Hoi An, le trajet Phnom Penh-Châu Dôc en bateau, mes marches dans la ville de Phnom Penh, et enfin, mes nombreuses rencontres avec des voyageuses et voyageurs de partout.

Les pires moments

J’ai vécu trois épisodes assez désagréables au Vietnam, dont un dangereux.

    Le premier:

J’étais à Ho-Chi-Minh-Ville, un jour vers midi, et je marchais près d’un parc quand un jeune homme et une jeune femme m’ont abordé (en anglais). Ils ont voulu savoir d’où je venais, et quand je leur ai dit que je venais du Québec, ils ont commencé à me parler de leur jeune soeur qui, ô coïncidence, s’apprêtait à déménager dans la ville de Québec pour étudier à l’université. Ils m’ont ensuite affirmé qu’elle était nerveuse à l’idée d’un tel changement de milieu. Ils voulaient donc que je la rencontre pour l’aider à apaiser ses craintes, pour lui parler du Québec, etc. Ils m’ont ainsi proposé d’aller chez elle, à quelques minutes en taxi du lieu où l’on se trouvait tous les trois. Or j’ai refusé d’y aller.

Malgré le caractère extraordinaire de cette coïncidence, leur histoire était tout de même plausible. Toutefois, pendant toute notre conversation, j’éprouvais un très puissant malaise. Une forte intuition qui me hurlait de ne pas y aller. Je sentais ce malaise au plus profond de mes tripes, je le sentais physiquement, mon ventre était noué. Ils l’ont senti aussi, car ils m’ont demandé si j’étais confortable avec leur proposition. Je leur ai dit que non. J’ai plutôt suggéré de leur laisser mon adresse de courriel, afin que leur soeur n’ait qu’à me contacter si elle avait des questions. Ils ont accepté. Je leur ai donc donné mon adresse, tel que convenu, je les ai salués et je suis parti. Avais-je raison d’être aussi soupçonneux? Oui. J’en suis absolument convaincu. L’intuition est le meilleur guide, en cas de doute. Et non, la fameuse soeur ne m’a jamais écrit.

    Le deuxième:

À Nha Trang, un soir, j’ai rencontré Derek, un Torontois, dans un petit bar sympathique, le Holland Bar. Après les protocolaires insultes sur nos équipes de hockey respectives, on s’est mis à discuter d’un tas de sujets. La conversation allait bon train, au point qu’une des deux employées derrière le bar nous écoutait et intervenait parfois. On s’entendait tous très bien. À un certain moment, Derek a demandé à notre nouvelle amie si elle voulait brancher son iPhone dans un ordinateur sur le bar, afin qu’il puisse y faire jouer des chansons qu’il aimait. Elle a accepté sa demande et le tout a été branché en deux temps, trois mouvements. Puis, Derek a été aux toilettes.

Derek et moi

À son retour, il a réalisé que son iPhone avait disparu, que celui qui était branché à l’ordinateur n’était pas le sien. Et là, la situation a dérapé. Engueulades, accusations, déni des employées, arrivée spontanée de plusieurs chauffeurs de mototaxi, tension croissante dans l’air, tentatives vaines de forcer les aveux des employées et des présumés complices, etc. Après de longues minutes de discussions futiles, le Torontois a fini par comprendre que c’était peine perdue. Il ne reverrait jamais son téléphone. C’était une scène lamentable. C’était évident que tout le monde lui mentait. Personne n’osait le regarder dans les yeux. Pourtant, il n’était pas agressif. Mais il était ferme. Apparemment trop, au goût de certain-es. À un moment donné, sept ou huit chauffeurs se tenaient près de nous. Je ne pense pas qu’ils nous auraient agressé, sauf si nous avions attaqué les premiers. Mais n’empêche que c’était la première fois depuis le début de mon voyage que je vivais une situation où j’avais l’impression que tout pouvait vraiment déraper.

    Le troisième?

Il mérite un texte à lui seul. Mais il se résumerait ainsi: faites attention aux chauffeurs de taxi de Hanoi, aux petites heures du matin. Certains sont des fous furieux. J’y reviendrai.

En conclusion

Malgré quelques incidents, je suis très heureux de ce que j’ai vécu jusqu’à présent. Et je m’apprête à vivre de nouvelles aventures.

6 thoughts on “Bilan: quatre mois plus tard

  1. LadyMilonguera

    Et voilà un témoignage qui prouve que voyager n’est pas seulement un enrichissement purement culturel, mais un enrichissement de la personne même. Tu as très bien fait de ne pas suivre les 2 thaïlandais pour rencontrer la soi-disant sœur, car pour beaucoup, à leurs yeux, nous ne sommes que des touristes occidentaux au train de vie bien supérieur au leur, qui nous offrons le luxe de partir à l’étranger et dépenser notre argent à des occupations “futiles”… alors nous délester des appareils high-tech et de la monnaie que nous pourrions avoir sur nous n’est pas à leur yeux un bien grand crime, au regard du fait que nous avons les moyens de racheter tout ça… sans tenir compte du préjudice moral. L’expérience suivante dans le bar le prouve bien…

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    1. Stéphane Pageau Post author

      Merci pour ton commentaire, LadyMilonguera! Je pense moi aussi que les voyages bonifient la personnalité et c’est une des choses que je préfère dans le fait de voyager. Par ailleurs, je suis content de voir que tu comprends ma réaction face aux deux Vietnamiens. Je n’aime pas me méfier des gens, mais parfois, c’est malheureusement nécessaire.

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  2. Gabrielle

    Allô Stéphane,
    Tu as bien fait de suivre ton intuition par rapport aux deux types qui voulaient te faire rencontrer leur “soeur”. Je suis convaincue que cette course en taxi avec ces quidams se serait avérée très dangereuse.
    Cette histoire me touche, pcq moi-même on m’avait apostrophée en Amérique latine pour que je sois raccompagnée en taxi avec deux inconnus, et j’ai refusé, flairant un danger.
    Continue à écouter tes “feelings”.
    Gabrielle

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    1. Stéphane Pageau Post author

      Bonjour Gabrielle,

      Oui, je suis heureux d’avoir suivi mon intuition. C’est important de le faire, et ton exemple le démontre bien. Il vaut prévenir que guérir. Merci pour ton commentaire.

      Stéphane xx

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  3. marie-claire pinet

    ayoye ! l’évènement du couple me fait freaker!
    je me demande pq le chauffeur était fou furieux… en passant je reconnais ton tshirt jaune!

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    1. Stéphane Pageau Post author

      L’évènement du couple était très étrange. Je suis heureux d’avoir écouté mon intuition. Pour plus de détails sur le chauffeur fou furieux, tu peux lire mon texte “Quand les évènements dérapent”.

      Ha ha… mon t-shirt jaune, ce classique.

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