Un sac à dos. Une passion. Des voyages.

13 questions sérieuses à Audrey

Audrey au parc Güell de Barcelone (photo prise par Myriam Charbs)

Audrey au parc Güell de Barcelone (photo prise par Myriam Charbs)

Voyager apporte son lot de défis, mais voyager en fauteuil roulant présente des défis particuliers. Ça faisait un bon moment que je voulais faire une entrevue avec une personne qui voyage en fauteuil roulant et je l’ai enfin trouvée: Audrey Barbaud, du blogue Roulettes et sac à dos. Dans cette première partie d’entrevue, elle parle de la réalité de cette manière de voyager, de ses expériences et bien plus.

Décris le processus qui t’a menée à prendre la décision que, malgré ta situation, tu voyagerais.

En réalité, je ne me suis jamais dit « c’est décidé, je voyagerai malgré mon handicap ». Enfant, mes parents me disaient qu’il ne fallait pas que mon handicap soit un frein à mes projets. Je crois que j’ai plutôt bien intégré cette idée! Alors que ce soit pour les voyages ou pour le reste, j’essaie de mener ma vie comme je l’entends. Bien sûr ce n’est pas toujours évident, mais je crois que ce n’est évident pour personne.

Sur ton blogue, tu te définis comme une « handi’voyageuse solo ». Pourquoi as-tu choisi de voyager seule?

Ah la fameuse question du voyage solo. Un choix assumé ou une triste obligation? Disons simplement que quand l’envie de pousser la porte pour voir ce qui se passe ailleurs devient trop forte, on n’a pas envie d’attendre. Du moins, je n’ai pas envie d’attendre. Trouver la bonne personne, au bon moment, pour la même envie de voyager, ça fait beaucoup de paramètres. Et puis attendre la bonne personne pour réaliser ses rêves, c’est mettre beaucoup de pression et d’espoir sur elle, non?

J’aime voyager avec des amis ou en amoureux, mais je n’attends pas après ces opportunités pour partir. Le voyage en solo, c’est aussi l’occasion de se remettre les pendules à l’heure, d’être en phase avec soi-même, de s’écouter. Il faut se débrouiller, savoir ce que l’on veut, ne compter que sur soi-même et s’adapter. On réfléchit, on se découvre, on (s’)apprend. Le voyage comme temps pour soi, c’est important pour moi.

Quelle a été la réaction de ton entourage, quand tu as lui annoncé ton intention de voyager?

La première fois que je suis partie en solo, ça s’est fait sur un coup de tête, comme un besoin vital de mettre de la distance avec ma vie et le chaos amoureux qui y régnait à l’époque. Un besoin d’oxygène qui m’a mis un coup de pied aux fesses. Alors je n’ai pas réellement préparé à l’avance mon entourage quant à la possibilité de partir voyager. Pour autant, je ne pense pas que ça les a réellement surpris. J’ai toujours évoqué l’envie de partir, de faire une année ERASMUS, ce genre de chose. Par contre le coup de téléphone « Bonjour, juste pour vous dire que je pars à Londres dans 2 jours », ça, ils n’étaient pas préparés.

De manière plus générale, mes proches s’inquiètent toujours un peu quand je pars. C’est humain de s’inquiéter pour ceux qu’on aime. Voir que je sais m’organiser et que tout se passe bien les rassure. Ils sont également heureux et fiers que je réalise ce que je souhaite.

Qu’est-ce que tu aimes le plus de voyager en fauteuil roulant?

Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de choses qui diffèrent dans les bons côtés du voyage, fauteuil roulant ou non. J’en prends plein les yeux comme n’importe quel voyageur. Après il y a quelques avantages à voyager en fauteuil roulant, comme des coupe-files pour rentrer dans des musées ou des tarifs réduits (Eurostar!) Mais ce ne sont que des petits bonus. Ce n’est pas ça qui donne la saveur au voyage, loin de là!

Qu’est-ce que tu aimes le moins de voyager en fauteuil roulant?

Toutes les contraintes liées au fauteuil roulant! C’est-à-dire des problèmes d’accessibilité, ou plutôt devrais-je dire d’inaccessibilité, mais aussi de mécanique. Et oui, il faut s’assurer que la machine roule si on ne veut pas se retrouver coincée à l’autre bout du monde!
Il y a également une problématique financière: les auberges de jeunesse et hôtels bon marché ne sont pas forcément équipés pour recevoir des personnes en fauteuil roulant, alors il faut trouver un autre lieu, souvent plus cher. Trouver une voiture de location adaptée à l’étranger n’est pas facile, mais c’est aussi bien plus onéreux qu’une voiture lambda: ce sont des gros modèles (type mini vans) et puis il y a tellement peu d’offres que c’est impossible de faire jouer la concurrence.

Trouver une assurance n’est pas simple non plus quand on a des problèmes de santé. Il faut s’armer de patience et essuyer de nombreux refus. Si j’ai pu en trouver une pour moi, il a été impossible que j’en trouve une pour assurer mon fauteuil roulant en dehors de l’Europe.
Voyager en transports en commun signifie souvent ne pas pouvoir laisser la place à l’imprévu, car il faut réserver en général 48 h à l’avance minimum pour s’assurer d’avoir une place adaptée et une aide pour embarquer.

En me relisant, je vois que la liste « d’inconvénients » que je viens de dresser est plus longue que ce que je pensais. Mais il ne faut pas que ça décourage d’autres handi’voyageurs! Si je voyage en fauteuil, et je suis loin d’être la seule à le faire, d’autres le peuvent aussi!

Quelle influence l’accessibilité a-t-elle sur l’élaboration de tes itinéraires?

Tout dépend du voyage que je fais. Si je reste au même endroit, comme j’ai pu le faire à Barcelone par exemple, je cherche juste un logement accessible, si possible en centre-ville. Je vérifie rapidement sur Internet que les transports en commun sont adaptés, et c’est tout.
Pour mon voyage aux États-Unis, c’est la première fois que je planifie autant. Ce n’est pas du tout dans mes habitudes, mais c’est un bon exercice d’organisation. Je verrai comment ça se passera sur place, moi qui suis habituellement adepte de l’imprévu. Ici j’ai dû tout prévoir à l’avance pour des raisons d’accessibilité. Comme je fais un long parcours avec de nombreuses étapes, il a fallu vérifier que les transports étaient bien accessibles en fauteuil roulant, puis réserver à l’avance tous mes trajets. Donc imprévu = zéro! Je sais où je serai tel jour et à quelle heure j’en repartirai! Je me suis également renseignée sur les activités que je voulais faire: est-ce que le bateau pour aller voir les baleines est accessible? Oui? Super! Par contre impossible de survoler le Grand Canyon: où mettre le fauteuil dans un petit avion ou dans un hélicoptère?

Vois-tu des différences entre les pays, en matière d’accessibilité? Si oui, lesquelles?

OUI! Énormément et heureusement, car l’accessibilité en France, c’est quand même une sacrée galère! Oui, il y a des progrès et des efforts de fait, mais la France est à la traîne. Constater que des solutions ont été trouvées dans d’autres pays est motivant, car c’est la preuve que c’est possible. À Paris, je n’essaie même plus de prendre le métro tellement il est inadapté et détérioré. Prendre le métro à Barcelone en fauteuil roulant, c’est un régal. Énormément de stations sont équipées d’ascenseurs, les arrêts accessibles sont bien indiqués, le wagon est à hauteur de quai… Pouvoir prendre le métro de manière autonome, comme tout le monde, ça vous paraît peut-être insignifiant, mais en réalité c’est énorme.
Un autre très bon élève en matière d’accessibilité, c’est le Royaume-Uni. Transports, bâtiments, voirie… l’accessibilité change tout quand on se déplace en fauteuil roulant.

Quels sont tes meilleurs trucs pour voyager en fauteuil roulant, en particulier dans les lieux n’offrant que peu ou pas d’accès?

Malheureusement, je n’ai pas de solutions miracles quand il n’y a pas d’accès. Cependant il ne faut pas hésiter à demander si un accès existe ou non. De nombreux monuments ou commerçants ont des rampes d’accès amovibles ou une entrée de service de plain-pied. Si ce n’est pas le cas et que la situation le permet, des passants peuvent vous aider à passer l’obstacle en soulevant le fauteuil. C’est parfois un peu sportif mais avec un grand sourire c’est tout à fait faisable! Et puis c’est une manière originale de faire des rencontres!

Je pense qu’il faut savoir s’organiser un minimum quand on voyage en fauteuil roulant, ne serait-ce que pour ce qui est des principaux transports et logements. Ça permet d’éviter des galères et de perdre du temps sur place.

Selon toi, quel est le plus grand mythe à propos du voyage en fauteuil roulant?

Est-ce qu’il en existe? Ou bien est-ce que le plus grand mythe est qu’on ne peut pas ou guère voyager en fauteuil roulant?

Comment les gens réagissent quand ils te rencontrent?

Ma foi, étant donné que je n’ai encore jamais mangé personne et que je décroche des sourires à tout va, je dirai que les gens réagissent plutôt bien quand ils me rencontrent! Certains sont étonnés de voir une petite nana sur roulettes voyager seule. Ça intrigue, ça interpelle et ça entraîne parfois des questions. Je ne me souviens pas d’avoir fait de mauvaises rencontres en voyage dues à mon handicap. Ou alors je n’ai pas voulu m’en souvenir. Il y a parfois des regards et des attitudes qui en disent longs, et même qui peuvent blesser, mais ce n’est pas la majorité. Loin de là.

Rencontres-tu souvent d’autres voyageuses ou voyageurs en fauteuil roulant? Si oui, comment se déroulent ces rencontres?

À vrai dire, ça ne m’est jamais arrivé. Je suis les aventures de certains sur Internet, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de rencontrer d’autres voyageurs en fauteuil en chair et en os pour le moment.

Quels endroits aimerais-tu le plus visiter?

La liste est longue! Je rêve d’aller me perdre dans les grands espaces de Nouvelle-Zélande, d’Islande, d’Irlande, de visiter Sainte-Sophie à Istanbul, la chapelle Scrovegni de Padoue…

Quels sont tes projets?

Le 5 mars (demain!) je m’envole pour 3 semaines de vadrouille sur la côte ouest des États-Unis! C’est la première fois que je traverse l’Atlantique, et j’ai hâte d’y être. C’est vrai que je n’y suis pas encore et je pense déjà au prochain lieu d’escapade… J’ignore encore quel genre de voyage ce sera, et où ce sera. Je sais cependant que cette soif de découverte n’est pas prête de disparaître. Je veux continuer d’être émerveillée.

La suite de cette entrevue sera publiée ce jeudi.

6 Comments

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  1. Super interview ! Ca fait un petit moment que je suis les articles d’Audrey et je suis ravie d’en apprendre un peu plus, j’attends la 2ème partie de cet itw :) Audrey je te souhaite de bien profiter des USA, je crois que tu vas voir plein de trucs que je rêêêve de voir mais que je n’ai pourtant toujours pas vus après 6 mois ici… J’attends avec impatience tes impressions !

    1. Merci Joana! Content de voir que tu as apprécié l’entrevue. La deuxième partie sera publiée aujourd’hui, alors bonne lecture!

  2. Un bel interview et un exemple de détermination à suivre. Je lève mon chapeau à Audrey, et je lui souhaite de réaliser tous ses rêves.

    1. Merci Mario! Content de voir que tu as apprécié l’entrevue.

  3. Un interview très intéressant ! Chapeau de réussir à voyager malgré les nombreux problèmes d’accessibilité. On s’est beaucoup posé de questions à Barcelone justement avec certains arrêts de métro où l’accès était facile mais pour sortir moins évident. Et quand c’est pour la poussette de bébé, on relativise.
    Et si tu trouves que c’est super à Barcelone au niveau accessibilité métro, je me dis « wow, qu’est ce que ça doit être dans les autres villes ! ».
    En tout cas, c’est chouette de voir que ces galères d’accessibilité ne t’arrêtent pas pour voyager. Merci pour ce chouette interview :)

    1. Merci pour ton commentaire, Alexandra! Je suis moi aussi impressionné par les personnes comme Audrey qui voyagent malgré certaines difficultés. Comme quoi quand on le veut vraiment, on le peut.

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