Jonestown: historique et logistique

Le mémorial en l’honneur des victimes sur le site de Jonestown

Ce sera un long article. Et peut-être difficile à lire, par moments, car son sujet est lourd. Macabre. Bouleversant. Il y a énormément de choses à dire sur la tragédie de Jonestown, mais, dans cette première partie, je vais présenter – brièvement – son historique et la logistique pour se rendre sur les lieux de celle-ci.

Une brève histoire des événements

Jonestown. Un nom qui évoque un drame d’une épouvantable horreur. Cette histoire est complexe, mais je vous en brosse ici un tableau. Je tiens à rappeler qu’elle est plus étoffée que ce que ce résumé révélera, alors, si vous tenez à en apprendre plus sur le sujet, je vous conseille de rechercher d’autres ressources. Donc…

Jim Jones (de son vrai nom James Warren Jones; né à Lynn, le 13 mai 1931) était un pasteur étatsunien originaire de l’Indiana; en 1955, il a fondé à Indianapolis une église – le Temple du Peuple -, qui visait à créer une meilleure société, en s’inspirant de principes puisés dans le socialisme, la justice sociale: une philosophie qu’il a appelée « socialisme apostolique ». Selon certains survivants, au début, il était sincère dans ses convictions. Il avait réussi à attirer des gens de diverses communautés ethnoculturelles, inspirés par sa philosophie et son charisme.

En juillet 1965, il a déménagé l’église d’Indianapolis à Ukiah, en Californie, car il croyait que ce lieu pourrait échapper à un holocauste nucléaire. L’église a finalement abouti à San Francisco. Peu à peu, devant le succès de celle-ci, Jones a commencé à la gérer avec plus de fermeté. Aussi, il comprenait de mieux en mieux le pouvoir qui découlait de la construction de sa personnalité publique et, de plus en plus, il l’utilisait de manière décomplexée. Il a également commencé à recourir à des stratégies discutables afin de générer davantage de revenus pour son institution. En raison de certaines irrégularités et d’allégations d’abus sur ses fidèles, Jones a fini par attirer l’attention des autorités.

Quand il a réalisé qu’il était sous leur surveillance, il a conclu que son église devait quitter les États-Unis. Il a par conséquent décidé de fonder une communauté agricole au Guyana (un pays qu’il avait déjà visité en 1960), car le pays anglophone avait alors un gouvernment socialiste, sympathique à l’Union soviétique et à Cuba. Il a réussi à convaincre un nombre significatif de ses fidèles de l’accompagner dans ce projet. Jonestown fut ainsi fondée dans la région de Barima-Waini (région 1), dans le nord-ouest du pays, près de la frontière avec le Venezuela. Les premiers temps se déroulèrent comme prévu. Une vie champêtre, difficile, mais conforme à la vision de Jones.

Peu à peu, Jones changea d’attitude, il devint plus autoritaire. D’aucuns attribuent ce changement à des problèmes de santé, à une dépendance aux drogues et à une paranoïa grandissante envers une possible intervention des autorités étatsuniennes.  Jones se mit alors à utiliser ouvertement des techniques d’intimidation, d’exploitation sexuelle, d’extorsion et de soumission diverses, afin de maintenir son emprise sur ses fidèles. Aussi, il les prépara à l’idée d’un suicide collectif, en ordonnant des « pratiques », parfois en pleine nuit.

Pendant ce temps, aux États-Unis, les autorités recevaient de plus en plus de plaintes de citoyens inquiets des mauvais traitements allégués des membres de leur famille, de leurs proches au sein du culte de Jones. En novembre 1978, Leo Ryan, représentant du Congrès pour la Californie, décida de se rendre à Jonestown, en compagnie de membres de son personnel politique et des médias, pour vérifier ce qui se passait réellement là-bas.

Après quelques hésitations, Jones accepta la visite de Ryan et de son équipe, le 17 novembre 1978. L’accueil fut d’abord cordial, mais les choses s’envenimèrent rapidement, quand Ryan déclara publiquement qu’il pouvait ramener aux États-Unis celles et ceux qui le souhaitaient. Jones était furieux de cette contestation publique de son autorité. Quand Ryan et son équipe quittèrent Jonestown, le 18, ils se rendirent à la piste d’atterrissage de Port Kaituma; Ryan et quatre autres personnes (un caméraman, un reporter de NBC, un photographe et un des membres de la communauté qui souhaitait partir) furent alors assassinés par des gardes de Jones.

Ces meurtres signalèrent le déclenchement du massacre; Jones savait qu’il avait franchi un point de non-retour en tuant un membre du Congrès. Il ordonna donc le début du rituel mortel, le jour même. Plus de 900 personnes ont alors perdu la vie – 909, en incluant Jones, qui se serait suicidé avec une arme à feu – dans ce qui est parfois appelé, à tort, un suicide collectif. Oui, certaines victimes se sont volontairement enlevé la vie en ingérant une boisson à base de cyanure, mais, selon les témoignages de plusieurs survivants, beaucoup – dont plus de 300 enfants – ont été forcées de boire ce fameux poison. Quatre membres d’une même famille liée au Temple ont aussi été trouvés morts dans une maison de Georgetown, dans ce qui avait l’apparence de meurtres suivis d’un suicide.

Dans les jours qui suivirent, le Guyana, les États-Unis et le monde entier prirent conscience de l’ampleur de cette atroce tragédie. Depuis, l’image de « boire le Kool-Aid » est entrée dans le langage populaire, pour le meilleur et pour le pire.

La logistique de l’excursion à Jonestown

J’ai fait cette excursion les 11 et 12 mars 2025 avec l’agence Wanderlust Adventures GY, basée à Georgetown; elle m’a coûté 650 $ US (environ 897,49 $ CAN). C’est de très, très loin la plus dispendieuse activité que j’ai effectuée au cours de mes voyages. Le prix incluait: les vols vers et depuis Port Kaituma, une nuit d’hôtel (au 5 Sisters) à Port Kaituma, le transport vers et depuis l’aéroport international Eugene-Correia de Georgetown, les repas, des boissons, les services d’un guide et des rencontres avec deux personnes qui ont été directement en contact avec la communauté de Jonestown. Note importante: vous devrez fournir votre poids exact au moment de réserver l’excursion, pour des raisons de sécurité aéronautique.

L’enregistrement à l’aéroport international Eugene-Correia.

On était quatre participant-e-s, en tout, provenant de la Tchéquie, de la Barbade et de l’Angleterre. J’ai été surpris de constater que tout le monde était dans la trentaine ou quarantaine; je m’attendais à des participant-e-s plus âgé-e-s.

Départ imminent pour Port Kaituma.

Donc… une fourgonnette a ramassé les participant-e-s à leur hôtel, à l’aube, et on a été à l’aéroport international Eugene-Correia. Le vol décollait vers 8 h, alors on est arrivés peu avant 7 h. On a procédé à l’enregistrement (n’oubliez pas vos passeports), à la pesée des bagages, à la pesée des passagers, à l’immigration. On a ensuite attendu dans un salon privé, puis, on a procédé à l’embarquement.

C’est plus confortable que mon propre salon.

Le vol a duré une quarantaine de minutes, environ. On a longé la côte, de sorte que l’on pouvait observer l’océan Atlantique, les fleuves Demerara et Essequibo et la forêt tropicale. Port Kaituma, notre destination, ressemble à un oasis urbain dans un écrin de verdure.

Port Kaituma

Il n’y a pas d’aéroport là-bas, il n’y a qu’une piste d’atterrissage. Elle est aujourd’hui intégrée à la ville de Port Kaituma.

À l’époque de la tragédie, la région ne comptait que 200 personnes. Pas 200 familles, 200 personnes. Aujourd’hui, selon mes recherches sur les Internets, Port Kaituma et sa région compteraient autour de 2500 habitants, mais Chris, notre guide, a affirmé que ce nombre s’élevait à – au moins – 9000 habitants. 

Au milieu de nulle part

Le site de Jonestown est situé dans une région difficile d’accès. Les gens y vont généralement en avion, mais il est possible de s’y rendre en bateau. Cependant, le trajet prendrait, à partir de Georgetown, entre 24 et 48 h, si je me souviens bien. Aucune route directe ne relie Barima-Waini à la capitale. La région est dans une zone sauvage, peu urbanisée, dont l’activitié principale consiste en l’exploitation forestière et minière (or, manganèse).

Une extrémité de la rivière Kaituma, dans le centre-ville de Port Kaituma.

Selon les informations que j’ai recueillies, Jonestown se trouverait à environ 11 kilomètres de la ville la plus proche, Port Kaituma, mais la distance m’a semblé plus longue. La route en terre entre la ville et Jonestown est surtout fréquentée par de gros camions remplis de bois. La route elle-même n’est pas des plus soyeuses, elle comporte son lot de rugosités et de courbes. En cas de pluie, elle doit se transformer en immense bourbier. Seules quelques maisons éparses – appartenant à des gens qui veulent vraiment la paix, sans doute – se trouvent le long de cette route.

Port Kaituma

La ville de Port Kaituma n’a pas beaucoup d’intérêt en elle-même. C’est une ville de travailleuses et travailleurs. On y trouve les commodités élémentaires.

La rue piétonnière de Port Kaituma.

Il y a bien une rue piétonnière avec des bars et des restaurants, qui devient animée en soirée, mais, pour le reste, c’est un endroit tranquille. On rencontre cependant de l’activité diurne au centre-ville, grâce aux commerçants qui proposent leurs marchandises dans les rues.

Un marché s’installe quotidiennement dans les rues de Port Kaituma.

Ceci dit, j’ai testé deux restautant, mais je ne me souviens plus de leurs noms. Port Kaituma n’est pas sur Google Maps et je n’avais pas noté lesdits noms. Désolé. Ils se trouvent tous deux sur la rue piétonnière; c’est la meilleure information que je peux fournir. L’un d’eux offrait d’excellents déjeuners et l’autre avait une terrasse avec une belle vue sur la rivière.

Super restaurant pour un copieux déjeuner.

Sinon, des vendeurs de cuisine de rue s’installent sur la rue piétonnière, en soirée. On y trouve les classiques hot dogs, hamburgers, etc., le tout servi dans une ambiance festive, où la musique trop forte domine.

Ça ne paraît pas sur la photo, mais la musique était tonitruante.

Je ne sais pas s’il y a autre chose à faire ou à voir ici, mais j’en doute. Je crois que c’est un endroit où l’on tombe rapidement dans une routine, dans un calme qui peut – ou pas – s’avérer confortable.

Une fort sympathique commerçante de Port Kaituma.

Durant cette excursion, on a rencontré deux personnes qui, au cours de leur jeunesse, ont fréquenté Jonestown à quelques reprises, car leurs pères entretenaient des relations commerciales avec la communauté. Leurs témoignages étaient fascinants. J’y reviendrai dans le prochain billet.

Une ruellle commerçante de Port Kaituma

On a dormi à l’hôtel 5 Sisters (sa page Facebook ne semble plus mise à jour depuis des années, mais une affiche à la réception confirme que son numéro de téléphone est toujours le même). Le prix de la chambre individuelle – avec toilette et douche – était inclus dans le prix de l’excursion, mais une chambre coûte 6000 GYD (environ 39,54 $ CAN) ou 8000 GYD (environ 52,72 $ CAN) la nuit, selon la méthode de climatisation privilégiée.

Les informations pertinentes pour l’hôtel 5 Sisters.

La chambre était spartiate, mais elle a rempli sa fonction. Le déjeuner n’était pas inclus.

Une chambre minimaliste.

En théorie, l’alcool était interdit dans l’hôtel, mais on y a croisé des invité-e-s qui en avaient visiblement consommé une quantité appréciable.

On est repartis de Port Kaituma tôt; notre vol décollait vers 8 h (en théorie; mais le décollage a plutôt eu lieu vers 8 h 30 – 8 h 45, en fait), mais on s’est présentés à la piste d’atterrissage vers 7 h. Notre guide a pris nos passeports et il a réglé les questions d’enregistrement. On a déjeuné au café de la piste. Puis, on a procédé aux pesées, à l’embarquement et on s’est envolés. La piste est celle où le représentant Ryan et les quatre autres victimes ont été assassinées.

Le vol de retour fut sans histoire. J’en ai profité pour photographier/filmer des paysages impressionants, comme le monumental fleuve Essequibo ou le pont en construction sur le fleuve Demerara.

De la grosse ouvrage sur le fleuve Demerara.

Le site lui-même

Le projet de Jonestown serait né dès 1973, mais Jones et ses disciples ne sont arrivés sur le site lui-même qu’à l’été 1977. Toute cette période fut marqué par la gestation du projet, la recherche d’un lieu pour le concrétiser, les négociations avec le gouvernement guyanien et la préparation au départ. La culture anglophone du Guyana, les politiques socialistes du gouvernement de l’époque et l’éloignement ont vraisemblablement influencé le choix du site.

La clairière et son mémorial.

Fait particulier: le site n’est pas fermé au public et des gens y vont depuis des années; plusieurs y allaient pour piller ce qu’ils pouvaient encore y trouver. D’autres y allaient pour leurs propres raisons. Chris nous a mentionné avoir lui-même déjà croisé des visiteurs sur le site, alors qu’il effectuait du repérage sur celui-ci.

Un vestige de Jonestown, dans la forêt.

L’actuelle enseigne à l’entrée du site date de 2009; elle n’est pas l’enseigne originale. D’ailleurs, l’entrée actuelle n’était pas l’entrée originale, qui se trouvait à – je dirais – un ou deux kilomètres plus loin, vers Port Kaituma.

L’enseigne actuelle à l’entrée du site.

De l’entrée à la clairière principale, il faut marcher entre 5 à 10 minutes sur un sentier accessible aux véhicules.

Le sentier qui mène de l’entrée à la clairière.

La grande question: qu’est-ce qu’il reste, sur le site de Jonestown? Physiquement, presque rien. Un mémorial en l’honneur des victimes, au milieu de la clairière qui était à l’origine la place centrale. 

Un genre de pavillon, qui détonne dans ce décor. Je doute qu’il date de l’époque de Jonestown.

L’obscur pavillon.

Des vestiges de machinerie et de véhicules, envahis par la dense forêt. Un silence lourd, percé par les bruits de la faune.

Si le site ne compte presque plus rien, matériellement parlant, il demeure chargé, côté symbolique.

Une voiture abandonnée dans la forêt.

Sur une note plus pratico-pratique: comme le sentier peut être boueux, je recommande de porter des chaussures qui couvrent une partie des chevilles ou des bottes. Il est possible d’acheter des bottes au magasin général de Port Kaituma, pour 3000 GYD (environ 19,81 $ CAN). Sinon, prévoyez des pantalons, un chandail à manches longues, des lunettes et de la lotion antimoustiques. La marche dans la forêt tropicale peut causer des égratignures, vu la densité de la végétation. En cas de blessure, il n’y aurait pas beaucoup d’option pour obtenir de l’aide. Mais surtout, même si le guide traîne des bouteilles d’eau, apportez votre propre bouteille, car il fait très chaud sur le site.

Prochain billet: Jonestown, les impressions.

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