Excursion à Jonestown: mes impressions

Le mémorial sur le site de Jonestown.

Ce texte contient des éléments qui pourraient perturber des lectrices et lecteurs.

J’ai donc visité le site de Jonestown, au Guyana, les 11 et 12 mars 2025, grâce à l’agence Wanderlust Adventures GY, de Georgetown, et à son guide Chris. Dans un premier billet, j’ai présenté un bref historique de la tragédie et la logistique de cette excursion. Dans ce billet, je vais parler de mes impressions de cette expérience. Ce sera un billet plus personnel. Je ne prétends pas détenir la vérité sur un sujet aussi complexe, aussi sensible, je me trompe peut-être sur certains de ses aspects, mais ce sera un texte honnête, à tout le moins.

Savoir dans quoi l’on s’embarque

Je veux d’abord insister sur un aspect particulier de cette excursion: elle n’est pas pour tout le monde. C’est une plongée dans une horrible tragédie. Cette activité demande donc une certaine maturité et, idéalement, une certaine connaissance de l’histoire pour être expérimentée, disons, « correctement ».  Or, dans mon groupe de participant-e-s, tout le monde avait lu sur la tragédie, avait regardé des documentaires, etc. Personne n’était là pour les mauvaises raisons, du genre, flasher sur les réseaux sociaux. Une des participantes nous a même demandé de ne pas la photographier ou la filmer. De toute manière, au prix que coûte l’excursion, je doute qu’un quidam n’ayant aucune connaissance de Jonestown soit intéressé à y participer. Je pense néanmoins que c’est pertinent de souligner l’importance d’avoir l’état d’esprit approprié pour vivre cette expérience.

Le sentier qui mène à la clairière, sur le site de Jonestown.

Je faisais partie de la deuxième cohorte de participant-e-s de cette excursion; la première cohorte s’est rendue à Jonestown en janvier. Il est donc possible que l’excursion subisse des modifications au fil du temps, afin d’être bonifiée.

Un mémorial en l’honneur des victimes a été érigé sur le site. On peut y laisser une roche; Chris fournit crayon feutre et roche, alors si l’envie vous prend de confier vos impressions à la postérité, vous pouvez le faire.

Deux témoignages fascinants

Lors de cette excursion, on a rencontré deux hommes – Carl et Andy (si je me souviens bien… j’ai une terrible mémoire pour les prénoms; c’est un de mes grands défauts) – qui ont visité Jonestown à plusieurs reprises. Leur histoire est similaire: leur père était un commerçant qui faisait affaire avec la communauté de Jonestown. Ils ont ainsi accompagné leur père respectif lors de leurs visites là-bas. Ces témoins ont ainsi pu voir comment les choses se passaient sur le site. Il est fort probable que les membres de la communauté devaient adopter des attitudes et comportements différents quand des visiteurs se présentaient, mais il reste que les témoins ont quand même pu accéder au site, alors qu’il bourdonnait d’activité.

Le chemin vers l’entrée originale de Jonestown.

Carl nous a accompagnés sur le site même. C’est un homme de peu de mots, mais, quand il parlait, il offrait toujours des informations ou des perspectives pertinentes. Il nous a donné des détails sur le site même, sa configuration, les relations avec les habitant-e-s de Port Kaituma, etc. Il est le bras droit de Chris, ils vont ensemble sur le site pour le défricher, pour découvrir davantage d’indices sur la vie à Jonestown.

Des vestiges dans la jungle.

On a visité Andy chez lui, à Port Kaituma. Homme plus volubile, il semblait apprécier l’occasion de pouvoir apporter son éclairage personnel sur Jonestown. Il nous a donné plus de détails sur le volet organisationnel de la communauté, sur le contexte général de l’époque au Guyana, etc. Malgré son âge respectable, il demeure encore impliqué dans diverses activités politiques et sociales. La visite a duré deux heures. On l’a recroisé à la piste d’atterrissage, le lendemain.

Faits méconnus sur Jonestown

Je partage avec vous certains faits méconnus sur Jonestown – révélés par Chris, surtout. Il les a obtenus en parlant avec des gens et en effectuant des recherches sur le site et dans des archives. Bien sûr, certains d’entre eux sont plus difficiles à vérifier, mais, pour ma part, je crois en la sincérité de Chris. Je ne sens pas de raison de douter de sa bonne foi.

Le Temple du Peuple possédait une maison à Georgetown, qui lui servait de quartier général dans la capitale. Lors du massacre du 18 novembre 1978, à Jonestown, quelqu’un a téléphoné aux occupants de cette maison pour leur donner l’ordre de se suicider. Quatre personnes ont alors perdu la vie, mais les circonstances entourant ces décès sont nébuleuses. La thèse habituellement retenue avance qu’une femme y a tué ses trois enfants, avant de se suicider. Cette maison appartient aujourd’hui à une personne qui, même si elle connaît assurément l’ancienne fonction de celle-ci, ne veut pas la transformer en musée. C’est son choix, bien sûr, mais il me semble que ce doit être singulier de vivre dans une maison qui fut le théâtre d’un tel drame.

L’ancienne maison du Temple du Peuple, à Georgetown.

Jim Jones aurait eu le talent de lire rapidement les gens, de déceler presque instantanément leurs forces et faiblesses et comment il pouvait les exploiter à travers celles-ci. Par exemple, il utilisait le sexe pour obtenir du matériel compromettant sur ses disciples. Il était bisexuel et il couchait avec des hommes de la communauté. Puis, par la suite, il pouvait les menacer de dévoiler leur sexualité à leur famille et leurs proches, avec toutes les conséquences que cela pouvait avoir, à cette époquePar ailleurs, Jones, bien que marié et père d’un enfant avec son épouse, aurait eu de nombreux enfants illégitimes, en plus d’adopter cinq enfants d’origines diverses.

Une fois au Guyana, Jones faisait régulièrement des sermons devant ses fidèles et, lors de ces sermons, il n’hésitait pas à humilier, voire punir publiquement celles et ceux qui, selon lui, lui manquaient de respect d’une façon ou d’une autre. Il aurait aussi utilisé des punitions sévères sur des enfants. Parmi les autres moyens d’asseoir son autorité, il enlevait les passeports de ses disciples et l’église collectait aussi leurs chèques de pension. Ces méthodes visaient à les empêcher de quitter le culte.

La communauté de Jonestown vendait ses surplus agricoles aux habitants de Port Kaituma. Elle utilisait également le port de Port Kaituma pour se ravitailler. Jones lui-même faisait parfois des apparitions à Port Kaitumba. Apparemment, sa chevelure noir de jais impressionnait les gens qui le croisaient. 

La rivière Kaituma

Jones aurait en outre commandé des quantités importantes de ciment. Or aucune installation en ciment n’aurait été retrouvée sur le site. Plusieurs croient que le ciment aurait servi à construire un bunker, une cachette pour de l’or ou des tunnels. La frontière du Venezuela n’est qu’à quelques kilomètres de Jonestown, alors il est – techniquement – plausible que Jones souhaitait construire un tunnel vers le Venezuela, pour fuir en cas de problème.

Jonestown possédait les meilleures installations médicales de la région et, à l’occasion, des Guyanien-ne-s allaient là-bas pour y recevoir des soins (dentaires, notamment). Il y avait aussi un orchestre amateur à Jonestown et les musiciens étaient talentueux. Parfois, des enfants de la région étaient autorisés à se rendre à Jonestown pour jouer avec les enfants de là-bas. D’aucuns pensent que ces actions servaient à subtilement obtenir le soutien des habitant-e-s du coin, dans l’éventualité où les autorités chercheraient à s’opposer à Jones.

Port Kaituma

Jones devint de plus en plus paranoïaque, au fil des mois. L’entrée de Jonestown possédait ainsi un mirador, dans lequel des gardes armés surveillaient le passage des gens et des véhicules. Jones pensait même qu’un satellite d’espionnage était posté en permanence au-dessus de Jonestown. La CIA et le FBI le suivaient effectivement depuis un bon moment, et ce, avant même qu’il ne quitte les États-Unis avec ses disciples, mais la thèse du satellite demeure pour le moins discutable. Ceci dit, dès que la tragédie fut ébruitée, des agents de la CIA et du FBI auraient mandaté les forces guyaniennes pour récupérer certains éléments précis, comme d’importantes réserves d’or et des dossiers sensibles. 

Plusieurs membres de l’équipe de Leo Ryan, le représentant californien du Congrès, avaient un mauvais pressentiment face à son projet d’aller visiter Jonestown, en novembre 1978. Ils craignaient d’y être victimes de violence. Elle s’y est quand même rendue. Des fidèles lui ont alors secrètement remis des messages écrits qui révélaient leur désir de quitter Jonestown. Jones a eu vent de ces messages et il considérait ces disciples comme des traîtres. Peu après, Ryan a annoncé aux fidèles qu’il pouvait ramener aux États-Unis celles et ceux qui le souhaitaient. Des dizaines d’entre eux voulaient le suivre. Cet événement a poussé Jones à ordonner le meurtre de Ryan, sur la piste d’atterrissage de Port Kaituma.

La piste d’atterrissage de Port Kaituma.

La fusillade sur la piste d’atterrissage aurait duré environ 15 minutes, selon des survivants. Des soldats guyaniens ont eu connaissance de cette fusillade (par CB, si je ne m’abuse), mais ils ont reçu l’ordre de leurs supérieurs de ne pas intervenir, car ça ne les « concernait pas ». La fusillade a tout de même alerté les autorités. 

Il semblerait que Jones a ordonné le rituel du suicide collectif dès qu’il a eu la confirmation de la mort de Ryan. Il existe un enregistrement du sermon final de Jones, pendant l’empoisonnement des membres. Le FBI l’aurait saisi. Il est possible de trouver ce document d’environ 45 minutes sur Internet, mais je ne souhaite pas le publier ici. Jones lui-même a été tué par arme à feu. La thèse généralement acceptée est qu’il se serait suicidé, même si d’autres théories soutiennent qu’il aurait été assassiné ou qu’il aurait demandé à quelqu’un de l’abattre.

Les trois fils de Jones, membres de l’équipe de basketball de Jonestown, étaient absents lors du massacre. Ils se trouvaient alors à Georgetown et ils ont voulu alerter le personnel de l’ambassade des États-Unis à propos du massacre, mais des soldats leur ont refusé l’accès, car ils avaient entendu parler de la fusillade à Port Kaituma. Ils ont pu croire que les fils Jones étaient liés à cette fusillade et qu’ils voulaient se réfugier dans l’ambassade pour éviter d’être arrêtés.

Les premières équipes militaires à arriver sur le site de Jonestown, composées de jeunes soldats inexpérimentés, croyaient que c’était une situation d’urgence médicale; elles ne savaient pas qu’elles allaient y rencontrer des cadavres, elles n’étaient pas préparées pour gérer cette situation. De plus, la composition chimique du poison – un mélange de Flavor Aid (et non Kool Aid, malgré la légende), de cyanure de potassium et de plusieurs médicaments – aurait empêché les cadavres de se décomposer, il les aurait même fait gonfler, de sorte que, quand les équipes chargées de « nettoyer » le site ont finalement tenté de ramasser les corps, ces derniers se détachaient en morceaux. 

Un coin de la clairière.

Malgré le bilan atroce (909 morts sur le site, plus les 4 victimes de Georgetown), il y a eu 87 survivants (167, en tout, si l’on inclut les fidèles qui n’étaient pas à Jonestown). Pour éviter de mourir, plusieurs ont dû se réfugier dans la jungle pendant des heures, en pleine nuit, ou se cacher dans l’un des dortoirs. En outre, Jackie Speier, une collègue de Ryan, a survécu à la fusillade, mais elle fut gravement blessée: elle a reçu 5 balles et elle a attendu 22 heures avant d’être secourue. Elle a par la suite été élue à la Chambre des représentants de 2008 à 2023. Elle est aujourd’hui membre du conseil des superviseurs du comté de San Mateo, en Calfornie. Elle n’a jamais voulu retourner à Jonestown et elle serait contre toute tentative d’ouvrir le site au public.

Des Guyanien-ne-s m’ont confié leur frustration face au fait que, au plan international, leur pays est associé à une telle tragédie, alors qu’elle ne concerne essentiellement que des citoyen-ne-s étatsunien-ne-s. En effet, presque toutes les victimes étaient originaires des États-Unis, même si quelques Guyanien-ne-s ont aussi péri. Ces voix estiment que ça ne définit pas le Guyana et elles aimeraient qu’on parle davantage de leur culture, de la beauté de la nature du pays, etc. Enfin, selon un chauffeur de taxi que j’ai rencontré, pratiquement personne, hors de la région de Port Kaituma, ne connaissait l’existence de Jim Jones, de son culte et de Jonestown avant la publicisation de la tragédie.

Le site a été laissé à l’abandon pendant des années.

Enfin, l’Université de San Francisco possède des archives étoffées sur la tragédie et le culte de Jones.

Des questions éthiques

Chris s’intéresse à ce dossier, car son oncle (si je me souviens bien), journaliste au moment des faits, avait couvert cet événement. Cette histoire a donc interpellé Chris tôt dans sa vie. Il est conscient de la controverse entourant le site et il veut développer le projet en toute transparence. Il souhaite inclure toutes les personnes associées de près ou de loin avec la tragédie, mais il ne veut toutefois pas forcer quiconque à s’impliquer. Il n’a ainsi contacté aucun survivant, il préfère que ce soit eux qui viennent vers lui. 

Il croit que restaurer le site constitue un devoir de mémoire. Il estime que – entre autres – des membres des familles des victimes pourraient venir à Jonestown pour y chercher une « fermeture », pour vivre leur deuil. Il soutient avoir rencontré des objections à son projet, mais il commencerait à convaincre de plus en plus de monde du bien-fondé de celui-ci, et ce, même des gens qui étaient contre, au début.

Le site était essentiellement laissé à l’abandon, avant que Wanderlust Adventures GY ne décide d’y lancer une excursion. Chris et Carl ont alors entrepris de défricher les lieux recouverts par la jungle. Ils y ont découvert de nombreux artefacts, surtout des pièces de machinerie. Chris aimerait y fonder un musée et ériger un mur avec les noms des victimes.

D’autres vestiges.

J’avais des questions d’ordre éthique en lien avec cette excursion. Je les ai posées à Chris et il a répondu en toute franchise, ce que j’ai apprécié. Ma principale préoccupation était que Wanderlust Adventures GY, une compagnie privée, doit nécessairement générer des revenus avec ses activités et que la possibilité de faire de l’argent avec une tragédie comme celle de Jonestown peut mener à une forme d’exploitation et souiller la mémoire des victimes, qui deviennent alors de vulgaires points dans un plan d’affaires.

Chris a reconnu que cet aspect était sensible, il comprend ces critiques. Il m’a expliqué que l’excursion à Jonestown était son idée, que personne avant lui n’avait sérieusement envisagé un tel projet. Il ne reçoit aucune aide financière du gouvernement guyanien, alors il doit chercher du financement ailleurs. En fait, le gouvernement a toujours semblé réticent à faire quelque chose avec le site. Je lui ai alors demandé si c’était possible que le gouvernement guyanien n’osait pas développer un tel projet par peur de créer des tensions diplomatiques avec les États-Unis. Chris a admis que c’était possible, mais qu’il n’avait jamais eu de confirmation que c’était le cas.

L’enseigne de l’entrée actuelle.

Le gouvernement guyanien n’a par contre rien fait pour empêcher l’agence de se lancer. Il espérait peut-être même cela, car, déchargé de la responsabilité du projet, il peut maintenant recourir à l’excuse de « ce n’était pas notre idée », si les choses se mettaient à créer des problèmes, au plan diplomatique. À preuve, Chris nous a révélé que, vu que le projet semblait obtenir une adhésion grandissante au sein de la population locale, le gouvernement guyanien – dont le ministère du Tourisme – commençait maintenant à s’y intéresser et à vouloir y collaborer. 

Chris nous a révélé que le terrain de Jonestown appartient à l’État, mais qu’il pourrait être vendu si un acheteur se présentait. Toutefois, l’endroit est « radioactif  », en raison de la tragédie, alors personne ne se manifeste pour l’acheter. L’agence a tout de même entrepris des démarches pour faire déclarer le site « zone protégée par l’État », afin d’empêcher la spéculation.

Un site à protéger.

Mon impression est que Chris est sincère dans son désir d’honorer la mémoire des victimes et d’éduquer les gens sur la tragédie. Certes, l’aspect financier du projet peut irriter certaines personnes, mais la réalité est qu’une telle initiative va nécessairement avoir besoin de fonds pour son lancement. Est-ce que l’État devrait tout payer? Est-ce qu’une levée de fonds au sein de la population ou un partenariat Guyana-États-Unis serait plus approprié? Je ne saurais dire. Ce sera bien sûr aux Guyanien-ne-s de répondre à cette question.

Des ressources

Ce que l’on sait de Jonestown provient de plusieurs sources, dont les témoignages de survivant-e-s, de personnes qui ont été en contact avec Jones et son église, au fil des années, et des dossiers montés par les journalistes et les autorités. Il est donc possible de consulter une masse significative d’informations sur la tragédie. Je ne présenterai toutefois pas une bibliographie/vidéographie exhaustive sur le sujet – une telle liste pourrait faire l’objet de son propre billet -, je vais plutôt vous suggérer quelques films et entrevues sur la tragédie qui m’ont marqué. Je n’ai évidemment pas tout vu, pas tout lu sur Jones et Jonestown, alors libre à vous de poursuivre vos recherches.

Guyana Tragedy: The Story of Jim Jones (1980), avec Powers Boothe, est, à ma connaissance, le film le plus complet, le plus ambitieux sur le sujet, car il trace la trajectoire de Jones depuis son enfance jusqu’à sa mort, à Jonestown. Boothe y est totalement excellent en Jim Jones; il a d’ailleurs remporté un prix Emmy pour ce rôle. Ce film n’est pas pour les coeurs sensibles, il présente des scènes extrêmement dures, extrêmement choquantes. Ne vous laissez pas arrêter par sa durée, le rythme est fluide et le récit est captivant.

Guyana: Cult of the Damned (1979) fut le premier film sur la tragédie, moins d’un an après les événements. Je l’ai moins apprécié que Guyana Tragedy: The Story of Jim Jones, mais jugez-en par vous-même. Encore une fois, ce n’est pas un film pour les coeurs sensibles.

Plusieurs survivant-e-s ont livré leur version des faits à des journalistes ou des réalisateurs. Celle d’Odell Rhodes est à glacer le sang.

Les témoignages des frères Tim et Mike Carter sont controversés, car, selon les commentaires sous la vidéo, ils auraient fait partie de la garde rapprochée de Jones. Ils auraient ainsi pu avoir une responsabilité dans le massacre. Ils pourraient donc avoir caché certaines informations lors de leurs témoignages. Mais ça reste un document intéressant.

Une question de conscience

Voilà. Mon expérience à Jonestown. Le choix d’y aller revient à chacun-e, évidemment, mais j’espère que mes deux billets sur le sujet vous aideront à prendre une décision plus éclairée. Pour ma part, ce fut une expérience bouleversante, puissante, comparable à celle de visiter des lieux de douleur comme Tuol Sleng ou le camp de concentration de Terezín. Je ne suis pas sorti indemne de cette expérience: j’ai ressenti une forte lassitude, une immense tristesse là-bas. Comme si le Mal qui imprégnait les lieux avait trouvé une façon de s’infiltrer en moi. De ronger une part de mon humanité. Des questions sans réponse ont surgi dans mon esprit, aussi: pourquoi tout ça? Comment une telle monstruosité a-t-elle pu se produire? Je ne pense pas qu’il soit possible d’aller à Jonestown sans ressentir de vives, voires douloureuses émotions.

La tragédie de Jonestown a montré l’humain dans toute son incompréhensible cruauté, mais aussi, dans toute son immense fragilité. On ne connaîtra sans doute jamais toutes les raisons derrière une telle abomination, mais je crois que ça reste important de souligner la mémoire des victimes, pour que leurs vies ne soient pas réduites à une simple statistique liée à un atroce massacre. Pour que leur dignité soit restituée. Pour que jamais on n’oublie que derrière l’horreur, il y avait des êtres qui ne demandaient qu’à être aimés.

Prochain billet: Mes impressions générales sur le Guyana.

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