
Les chutes de Kaieteur, l’une des principales attractions du Guyana.
Ceci est mon dernier billet sur mon voyage au Guyana. Je n’ai passé en tout que neuf jours là-bas, soit du 5 au 13 mars 2025, inclusivement; c’est évidemment bien peu. D’où la nécessité de prendre mes impressions avec le recul nécessaire. Mais j’ai aimé mon voyage là-bas et j’y retournerais si l’occasion se présentait. Donc, même si ce séjour fut bref, j’ai malgré tout pu en tirer quelques observations. Les voici…
Un pays accueillant
Le Guyana ne m’a pas semblé être un pays touché par le tourisme de masse. Il y a du tourisme, bien sûr, mais il reste à un niveau confortable. Du moins, il l’était quand j’y étais. Ce n’était alors pas la haute saison touristique – elle serait entre la mi-juillet et la fin de novembre -, mais c’était une période plus sèche, côté météo, donc, plus agréable. Il pleuvait quand même presque tous les jours, mais les averses étaient intenses et brèves.

Georgetown, juste avant une averse.
J’imagine que la haute saison est plus occupée, mais je ne pense pas que ce soit aussi achalandé que, disons, Lisbonne en juillet. Par contre, c’est sans doute le meilleur moment pour voir des animaux dans leur habitat naturel. Durant mon séjour, on m’a dit que mars n’était pas le meilleur mois de l’année pour en croiser, à ma grande déception.

Belle tite garnouille.
Je n’ai pas senti d’exaspération de la part de la population envers les touristes, au contraire; elle était accueillante, bienveillante. Elle paraissait même heureuse de recevoir des gens provenant d’ailleurs que les pays voisins. Comme je le mentionnais dans mon billet précédent sur mes impressions de Jonestown, les Guyanien-ne-s veulent enfin, enfin tourner la page sur ce sombre chapitre et montrer à la planète toute la richesse de ses cultures et de sa nature. En raison de leur attitude chaleureuse, j’ai beaucoup aimé mes interactions avec les habitant-e-s; j’ai ainsi eu plusieurs intéressantes conversations spontanées, naturelles, tant dans des commerces que dans la rue.

Le Milk & Honey Cafe, mon endroit favori pour un café et une bonne conversation avec Michelle, la propriétaire.
On peut trouver de grandes chaînes hôtelières internationales à Georgetown, mais la plupart des hébergements semblent être des entreprises locales. Par contre, je n’ai pas croisé d’auberges dans la capitale. Il pourrait cependant y avoir des maisons d’hôtes, mais je n’ai pas vérifié, je n’ai logé qu’à un seul et même hôtel, pour des raisons pratiques. Quant à Port Kaituma, les hébergements sont peu nombreux et ils sont des entreprises locales. Deux nouveaux hôtels y seraient en construction, en ce moment, mais je n’ai pas plus de détails sur ceux-ci.

L’hôtel 5 Sisters, à Port Kaituma.
De nombreuses agences de voyages de Georgetown proposent des excursions; certaines reviennent d’une agence à l’autre (comme la croisière sur le fleuve Demerara), mais d’autres offrent des excursions uniques. Je pense que c’est une bonne idée de les magasiner, dépendamment de ce que vous souhaitez vivre.
Toutefois, le Guyana n’est pas un pays aussi abordable qu’on pourrait l’imaginer. Le coût de la vie y est plus élevé que, disons, la Colombie; il faut donc ajuster son budget en conséquence. Par exemple, dans certains restaurants, j’ai payé des prix semblables à ceux en vigueur au Québec. À noter que le dollar américain est accepté partout au taux officieux de 1 $ US = 200 $ GYD.

Les principaux billets en vigueur au Guyana.
En outre, les prix des excursions sont parfois élevés – 650 $ US pour l’excursion à Jonestown, 350 $ US pour celle aux chutes de Kaieteur -, mais, selon mes expériences, elles valent la peine. C’est que plusieurs excursions nécessitent des vols intérieurs, ce qui augmente les prix de façon importante. D’ailleurs, pour chaque vol, vous devrez fournir votre poids exact et vous devrez apporter votre passeport.

Les vols intérieurs sont un mode de vie, au Guyana.
Par une drôle de coïncidence, alors que je rédigeais des billets sur le Guyana, Air Transat a annoncé, le 8 mai dernier, l’établissement d’un vol direct Toronto-Georgetown, dès le 16 décembre. Sinon, de Montréal, il est possible de se rendre au Guyana avec Copa Airlines, avec une escale à Panamá, à un prix décent. C’est ce que j’avais fait.

L’aéroport international de Tocumen, à Panamá.
Georgetown, la capitale, est le coeur du pays, au plan touristique. Tout passe par là. On m’a cependant conseillé de visiter les régions à l’intérieur du pays, si je souhaitais connaître une ambiance plus décontractée. Peut-être un jour… sinon, Georgetown est une ville avec tout ce dont on peut avoir besoin. Ce n’est pas la plus jolie ville que j’ai visitée, d’aucuns pourraient même la trouver laide, mais, à mes yeux, elle possède un charme singulier. Plusieurs édifices ont une architecture étonnante et de nombreux parcs offrent des oasis de verdure.

Un édifice qui ressemble à un Transformers.
Même si le Guyana est caractérisé par la présence d’une constellation de cultures afro-caribéennes et autochtones (surtout), l’anglais y est omniprésent. Je n’ai en outre pas eu de problème à comprendre l’accent des gens: j’avais eu plus de difficulté à comprendre l’accent des habitant-e-s de son voisin régional, les îles de Trinité-et-Tobago, mais ça, j’avoue que c’est un problème bien personnel. Par ailleurs, le Walter Roth Museum of Anthropology, à Georgetown, contient des panneaux explicatifs fort intéressants sur l’histoire des cultures du pays et de la région.

Un texte fascinant sur un pan de l’évolution culturelle du Guyana.
Aussi, à titre comparatif, j’ai personnellement préféré le Guyana au Suriname voisin. J’ai trouvé l’ambiance plus sympathique à Georgetown qu’à Paramaribo. Ceci dit, comme le Suriname, le Guyana compte une riche diversité ethnoculturelle. On y retrouve une multitude de communautés religieuses et des influences de nombreuses cultures. Cette diversité tranche avec les réalités des pays latino-américains voisins, qui sont très majoritairement catholiques et hispanophones ou lusophone.

On souligne le Ramadan à Georgetown.
Enfin, il est important de savoir que la compagnie pétrolière étatsunienne ExxonMobil exploite des plateformes de forage en haute mer depuis décembre 2019, soit quatre ans après la confirmation de la découverte de riches gisements pétroliers au large des côtes guyaniennes. Il y aurait toutefois des désaccords entre la compagnie et le gouvernement guyanien quant au partage des revenus tirés de cette exploitation. Aussi, la découverte de ce pétrole a exacerbé un vieux conflit avec le Venezuela, qui revendique la possession de plusieurs régions dans l’ouest du Guyana.

Le pont en construction sur le fleuve Demerara.
C’est important de connaître cette réalité, car elle risque de changer considérablement le visage du Guyana, au cours des prochaines années. À quel point? Difficile à dire, mais le pays en tire déjà d’importants revenus. Ces sommes pourraient être soit réinvesties dans des infrastructures et des programmes, soit détournées dans des poches malintentionnées. Cependant, comme un nouveau pont est actuellement en construction sur le fleuve Demerara, à Georgetown, il se pourrait que l’argent soit utilisé à bon escient – en partie, du moins. Ça pourrait aussi vouloir dire que le coût de la vie pourrait augmenter ou que la sécurité deviendra un enjeu encore plus important. À suivre, donc. Et parlant de sécurité…
Sécurité
La question de la sécurité revient inévitablement quand on parle du Guyana. Considérant que les pays voisins, en particulier le Brésil et le Venezuela, vivent des situations complexes, au plan de la sécurité, cette question est légitime. Or j’avais lu des publications quasi apocalyptiques sur le sujet, sur Reddit, comme si le Guyana était en proie à une guerre civile ou presque. Or je n’ai jamais senti de danger nulle part, à aucun moment, à part quand je traversais la rue, parfois, car la conduite se fait à gauche, ici, et je ne suis pas habitué à ça.
Maintenant, je ne veux pas diminuer les enjeux de sécurité et, évidemment, mon expérience personnelle n’est que ça, UNE expérience, mais je crois qu’il faut en prendre et en laisser. Personnellement, je n’ai pas eu de problème, mais j’ai pris des précautions de base pour éviter les situations risquées. Par ailleurs, on m’avait déconseillé de sortir seul, en soirée, mais je ne serais pas sorti, de toute façon. Je ne fréquente plus les bars et, après une journée à marcher dans la chaleur humide de Georgetown, j’avais plus envie de me reposer que de boire du rhum dans un bar à la musique trop forte.

Pourquoi sortir quand je peux manger une poutine à mon hôtel?
Ceci dit, par précaution, je suis resté à l’aéroport international Cheddi Jagan bien après l’atterrissage de mon vol (vers 2 h), afin d’attendre le lever du soleil, autour de 6 h. J’avais réservé un transfert d’aéroport vers mon hôtel à 6 h 30, pour être sûr; or mon chauffeur était là dès 6 h. On est donc partis et le trajet fut sans histoire. J’avais fait ça au Paraguay, aussi. En plus d’éviter les possibles complications liées à la conduite nocturne, ça m’évitait de payer une chambre pour une nuit écourtée.

L’aéroport international Cheddi Jagan de Georgetown.
Par contre, je dois admettre que le marché Stabroek, à Georgetown, mérite une vigilance accrue; là, je peux comprendre le souci de sécurité, c’est un terrain de jeu idéal pour les pickpockets. En fait, c’est la même chose que dans pratiquement tous les marchés publics de la planète. Je suis donc passé au marché Stabroek le matin, l’après-midi et en début de soirée et je peux confirmer que l’ambiance change considérablement, selon le moment de la journée. Dès la fin de l’après-midi, de nombreux hommes y consomment de l’alcool et de la marijuana. J’imagine donc que, plusieurs heures plus tard, poussés par l’ivresse, certains d’entre eux pourraient adopter des comportements plus désagréables, voire violents.

Le marché Stabroek.
Anecdote: un employé de mon hôtel m’a aperçu là-bas, un matin, et il a tenu à me parler, une fois que je fus de retour à l’hôtel. Il m’a dit qu’il m’avait aperçu au marché, qu’il me recommandait de ne pas y aller avec mon téléphone, mon passeport et mes cartes de crédit. C’est à peine s’il m’a dit de ne pas y aller, point. Je comprenais le souci, mais j’estime qu’il faut nuancer la situation. Je veux dire, en plein jour, le marché bourdonne d’activité. Je me doute que des pickpockets peuvent alors écumer les allées du marché, mais, sinon, je ne crois pas que les menaces à l’intégrité physique d’une personne soient très réalistes, à ce moment-là. Il y aurait trop de témoins.

Des vendeurs extérieurs du marché Stabroek.
Donc, je vous suggère d’adopter les principes élémentaires de sécurité (pas de bijoux, montre ou autre objet dispendieux; n’apporter que le minimum nécessaire d’argent sur soi; rester vigilant-e en toutes circonstances, etc.) et tout devrait bien se passer.
Un voyage mémorable
Alors voilà. Mon expérience au Guyana. Ce fut un voyage mémorable et je recommande cette destination. Je pense que le Guyana est un pays intéressant, qui devrait plaire aux personnes désireuses de visiter un endroit moins populaire, où la population est encore heureuse d’accueillir des touristes. Ma prochaine destination? Je ne sais pas encore, j’ai plusieurs idées, alors restez à l’affût. Merci de me lire et à bientôt.