Un sac à dos. Une passion. Des voyages.

Trinidad, toiles et transpiration

Trinidad et ses rues mouillées

Faque j’ai débarqué à Trinidad, Cuba, le 10 juin 2017, sous un soleil de plombage dentaire. À la recherche de ma casa particular, j’ai marché quelques minutes dans les rues encore ruisselantes de l’eau générée par les activités hedbomadaires de nettoyage avant de la trouver. J’ai sonné. Un homme en camisole m’a répondu. Quelle coïncidence, moi aussi j’en portais une. Affinité instantanée. Moustachu, l’homme à lunettes m’a accueilli avec une joie sincère. J’ai déposé mes sacs, il m’a offert une boisson fraîche. En attendant que ma chambre soit prête, il a décidé de me montrer ses oeuvres. Le nom de cet homme? Raúl Lugones León, peintre.

Des toiles et du style

Il a commencé à me parler de son art, de ses influences (dont Jackson Pollock), de sa carrière. Il a ainsi exposé quelques-unes de ses toiles en Europe (en Suisse, notamment). Il possède aussi sa propre galerie à Trinidad. Il me présentait toile après toile, avec un enthousiasme grandissant. Je devinais les concepts qu’il essayait de mettre de l’avant dans chacune de ses oeuvres. Il était heureux de constater que quelqu’un comprenait ses créations. La discussion a duré trois moments. Toutefois, je devais régler certains trucs pratico-pratiques, comme retirer de l’argent, alors j’ai remercié mon hôte. Je suis sorti, enchanté par ce premier contact. Je marchais dans les couleurs, caressé par de bienveillants rayons solaires. Je ne savais pas à ce moment-là que je m’apprêtais à vivre une intense soirée en compagnie d’un couple de Cubain-es. Mais je digresse.

Cette image m’est familière…

Une folle nuit plus tard, je me levais pour le copieux déjeuner. Raúl s’est joint à moi et, autour d’un café, on a parlé de géopolitique. Il me posait beaucoup de questions sur le Canada, sur les relations entre les communautés là-bas, etc. Je me sentais presque comme Justin Trudeau qui s’épivardait sur les vertus multiculturalistes du pays. Après le repas, il – Raúl, pas Justin – m’a montré d’autres toiles, à l’arrière de sa maison. Encore une fois, du beau travail. Il est un véritable artiste, né pour créer, possédé par une passion consumante, une pulsion génératrice de vie, socle de son existence. Le genre de personne qui me plaît.

Raúl et son art

C’est alors que Raúl m’a fait une offre. Une toile que j’avais beaucoup aimée. Pour 140 $ CAN. Une somme importante, par rapport à mon budget total. J’avais déjà remarqué que Cuba, à bien des égards, n’est pas une destination budget, alors j’essayais – sans grand succès, d’ailleurs – de ne pas trop dépenser en futilités. Mais l’offre me tenaillait.

Mon coup de coeur

C’était la deuxième fois de ma vie que je voulais acheter une toile. La première? Un portrait stylisé de Tom Waits, en vente au Broue Pub Brouhaha de Montréal, il y a genre, 6-7 ans. 400 $. J’ai passé mon tour. J’ai acheté de la bière, à la place. Pas de regret. Mais cette fois, à Trinidad, l’envie était réelle. Pressante. Exacerbée par le sentiment que, si je n’achetais pas cette peinture, là je le regretterais. Dans une impulsion digne des pires/meilleures décisions de Charlie Sheen, j’ai accepté. Allégresse dans la maison.

L’embarras du choix…

Heureux de cette première transaction, Raúl m’a fait une deuxième offre. Une autre toile, parmi une sélection d’oeuvres, pour 100 $ CAN. J’ai alors mis un peu plus de temps à réfléchir. Je comptais mon budget. Puis, une autre impulsion. Je me suis dit « tu sais quoi? YOLO, ciboire. Tu travailles, tu auras de l’argent, tu n’auras qu’à manger moins de poutine durant quelques semaines et tu rentreras vite dans ton argent. En plus, tu pourras éventuellement décorer un appartement avec goût, grâce à ces toiles. Elles auront plus de style que des posters de Cannibal Corpse ou Deicide. Plus de classe que des affiches de films comme Porky’s (1981) ou No Holds Barred (1989). Plus de profondeur qu’une figurine bubble-head de Phil Collins (même si Phil Collins est pas mal cool). » Faque j’ai accepté à nouveau. Nouvelle effusion de joie dans la casa.

Mon 2e coup de coeur

J’ai donc récupéré mon argent dans ses cachettes et je l’ai remis à Raúl. Il a accepté mes dollars canadiens. Ça m’arrangeait. Il a soigneusement roulé ses toiles, puis les a emballées dans une pellicule transparente (du Saran Wrap, en bon québécois), afin de rendre leur transport plus facile. Il me les a ensuite données.

Besoin d’air

Après une expérience d’une telle intensité, j’avais besoin d’air. Je suis à nouveau sorti, entre deux ondées. J’ai d’abord trouvé refuge contre les gouttes dans un petit bar de quartier, le bar/cafeteria El Fruty Fruty, où la moiteur placide réchauffait la bière en moins de temps qu’il n’en faut pour manger un roteux du Montreal Pool Room. Un ventilateur épuisé tentait tant bien que mal d’atténuer la chaleur ambiante. Plus mal que bien, à vrai dire. J’aime ces bars, pour leur absence totale de prétention et leur côté très « vie de quartier ».

El Fruty Fruty, un nom à retenir…

Profitant d’une éclaircie, j’ai découvert un bar/restaurant argentin où foot et mojitos dansaient un torride tango pendant un généreux Happy Hour. Deux équipes luttaient pour le ballon à la télé, mais comme je ne connais rien au foot, je ne ressentais pas d’intérêt pour le spectacle. Donnez-moi plutôt n’importe quel match de Kenny Omega et là je suis hypnotisé. Ensuite, les mojitos ayant creusé mon appétit, je retournai à ce restaurant accueillant où le homard était aussi délicieux que la musique jouée par un duo de musiciennes aux voix envoûtantes. Autre repas mémorable. Je suis enfin retourné à la casa, où j’ai terminé la soirée avec l’épouse de Raúl et quelques membres de leur cercle intime.

Stéphane Pageau, collectionneur d’art

Alors voilà. J’ai maintenant deux toiles. Moi qui n’en avais jamais achetées. Mais cette fois, j’ai cédé, séduit par le style de Raúl. Il ne me reste qu’à trouver un logis stable où poser mes achats. Et ça, je ne sais pas à quand ça ira. Un jour, mais… où? Tout est possible.

Un artiste, différents styles

J’ai par conséquent dû traîner mes peintures pour le reste de mon séjour cubain, mais ça ne me dérangeait pas. J’avais juste peur de les oublier quelque part, dans la folie des déplacements, des réveils brutaux à 4 h du matin pour aller prendre l’avion. Heureusement, rien de tout cela n’est arrivé.

Un dernier détail

À l’aéroport, je devais payer une espèce de « taxe de sortie du patrimoine » de 3 CUC (pesos cubains convertibles; environ 3,66 $ CAN) par oeuvre, soit 6 CUC en tout. Or il ne me restait que 2 CUC (environ 2,44 $ CAN), après avoir changé l’argent cubain qui me restait. L’agent, après réflexion – et surtout, selon moi, après considération de la paperasse qu’il aurait sans doute eu à me faire remplir s’il avait saisi mes toiles -, a accepté ma modeste contribution à la dispersion du patrimoine de son pays. L’homme m’a finalement laisser passer, toiles en main, malgré le manque à gagner. Je lui en ai su gré. Mon futur logis aussi.

2 Comments

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  1. je crois bien que je dois retourner en arrière car je ne sais pas ce qui s est passée avec les cubaines ou c 1 éllipse
    c super ça d être aussi simple
    en tout cas ça le parait
    tu discutes il te vend ses toiles
    le contact a l air tellement simple

    1. C’était un couple… mais je n’ai pas laissé de détails. Je tiens à une certaine confidentialité, sur internet… ha ha! Oui, ce fut très simple. Je recommencerais dans d’autres pays, si je rencontrais des artistes intéressants. Merci Tania!

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