10 ans après le retour… que reste-t-il?

Votre humble serviteur en action, dans un salon de quilles de Vientiane (Laos)

Le 30 août 2012, je revenais à Montréal, après un tour du monde d’environ 10 mois. 10 ans plus tard, j’ai amplement eu le temps de distiller cette expérience. Je n’écrirai pas un bilan exhaustif, j’ai déjà écrit sur ce sujet, mais je me disais que, vu que je ne publie presque plus rien depuis le début de cette pandémie, je pouvais bien livrer quelques réflexions supplémentaires en lien avec ce voyage marquant.

Ce qui reste

C’est un cliché que de dire que le temps passe vite, et c’est un cliché de dire que c’est un cliché, mais c’est vrai. Dix ans ont passé comme dix mois. Mais que reste-t-il de mon tour du monde?

Que reste-t-il, une fois que l’on revient?

Peu d’amitiés, hélas. J’ai encore des contacts plus ou moins réguliers avec quelques personnes rencontrées lors de ce voyage, mais je me surprends de plus en plus à me demander qui sont certains individus sur mes photos. Même les circonstances entourant de nombreuses rencontres deviennent de plus en plus nébuleuses. On s’est rencontrés où, déjà? Si je n’avais pas écrit de journaux sur la route ou créé des albums de photos sur les réseaux sociaux, cette confusion serait encore plus importante.

Té qui, toé?

Je suis cependant convaincu que les amitiés qui ont survécu au scalpel du temps vont sans doute perdurer. Même si ce n’est que pour échanger des voeux d’anniversaire, le contact restera. Est-ce que je vais revoir ces personnes? Je ne sais pas. Plus les années avancent, moins je le crois, mais sait-on jamais. Les circonstances peuvent changer et ce qui paraissait improbable hier peut soudainement devenir envisageable demain. Je ne ferme donc aucune porte, je ne brûle aucun pont.

Mon ami Alexandre et moi, à Aix-la-Chapelle/Aachen. Au moment de la photo, on ne s’était pas vus depuis… je ne sais plus combien d’années.

De même, certaines expériences n’ont pas laissé de traces aussi durables que je l’aurais imaginé à l’époque. Par exemple, quand j’ai donné des cours d’anglais dans une école de la région de Battambang, au Cambodge, je pensais que ça m’enlignerait vers une réorientation professionnelle en enseignement. Ce n’est pas arrivé. Et ça n’arrivera pas. Ce n’est pas un domaine pour moi, avec du recul. L’expérience était géniale, je suis heureux de l’avoir vécue, mais elle va en rester là.

Une expérience inoubliable… mais sans suite.

D’autres expériences ont quant à elles révélé leur impact au fil des années. Ainsi, sans entrer dans les potins – même si je me doute que plusieurs d’entre vous devez raffoler de potins scabreux sur la vie des blogueuses et blogueurs voyage -, je réalise aujourd’hui à quel point une idylle vécue en Asie du Sud-Est m’a permis d’amorcer un cheminement profond dans ma vie sentimentale; elle m’a fait mieux comprendre mes besoins et mes préférences au plan des relations amoureuses. Oui, je sais, c’est bien vague tout ça, mais c’est voulu ainsi.

Ah « l’amour »…

Enfin, les détails de certaines expériences s’estompent. Ils se perdent dans la masse de données accumulées au fil des années, au fil des voyages. Est-ce que j’y ai été à la plaine des Jarres en mars ou en avril? Quel était le prix d’entrée, déjà? Certes, c’est un aspect plus superficiel du voyage, mais pour un blogueur voyage, la collecte d’informations peut devenir une drogue. C’est une connaissance vertigineuse, complexe, infinie, renouvelable. Jadis, je trouvais ça grisant de connaître des renseignements obscurs sur une destination. Maintenant? Plus vraiment.

Le site 1 de la plaine des Jarres, à Phonsavanh (Laos).

Oh, et de tous les cours que j’ai suivis durant mon tour du monde, ceux qui me sont encore le plus utile aujourd’hui sont, de loin, mes cours de cuisine.

Des changements dans mes priorités 

Avant, j’aimais faire la fête. Mais aujourd’hui, je n’en ai plus envie. L’idée de me retrouver dans un Full Moon Party me fait frissonner d’horreur. Et Khao San Road? Tuez-moi quelqu’un, s’il vous plaît. Je suis sobre depuis plus de trois ans et demi et j’adore ça. Je ne pourrais revenir à une vie où l’alcool occuperait une aussi grande place.

Full Moon Party, à Haad Rin, en Thaïlande (8 janvier 2012). Plus jamais.

Aussi, je ne socialise plus autant qu’avant. Je n’ai plus autant de patience pour certaines choses, certaines attitudes, certaines conversations, etc. Je suis saturé. Saturé des voyageuses et voyageurs. Saturé des gens. Je ne pensais jamais en arriver là un jour. Et pourtant, j’y suis. Je suis donc beaucoup plus sélectif dans mes interactions, je choisis avec plus de soin les relations que je souhaite entretenir ou approfondir. Je sais que cette tendance est là pour rester. Je voyagerai différemment à l’avenir. Je serai plus solitaire, plus silencieux qu’avant, je mettrai davantage l’accent sur la qualité de mes interactions que sur leur quantité. Et je suis à l’aise avec ma nouvelle réalité.

La sainte paix, sur l’île de Mana (îles Fidji).

Autre conséquence de cette évolution: j’ai largement décroché de la blogosphère voyage. Je ne sais plus trop ce qui s’y passe, qui fait quoi, qui dit quoi, etc. Ça ne m’intéresse plus. Je ne lis plus beaucoup sur mes destinations, non plus, je me laisse porter par le courant, comme on dit. Je débarque là-bas et advienne que pourra. Tant pis si je manque des trucs, tant pis si je passe à côté des « incontournables », tant pis, tant pis, tant pis. Le JOMO est maintenant mon FOMO.

Le temple de la Dent, à Kandy (Sri Lanka). Je ne l’ai pas visité. Je m’en porte très bien.

Oui, je suis conscient du paradoxe de tenir un blogue voyage quand on ne s’intéresse plus aux blogues voyage. Mais pour moi, ce blogue est – plus que jamais – davantage un projet d’écriture qu’un métier, davantage un exutoire créatif qu’un outil pour « construire ma marque », etc.  Je n’ai jamais le fait le saut vers une professionnalisation de mes activités. Je ne le regrette pas. Mais je me trouve aujourd’hui dans un espace déserté par bien des voix qui y évoluaient quand j’étais très investi dans cet univers. J’ai l’impression d’être l’un des rares qui écrit encore juste pour le plaisir d’écrire.

Et maintenant?

J’ai hâte de repartir, hâte d’avoir de nouvelles histoires à raconter, parce que là, je ne fais que publier des bilans… ha ha! Mais, à court terme, j’effectue un retour aux études de quelques mois, le temps de compléter une formation qui devrait élargir mes horizons professionnels. Je ne pense donc pas voyager avant 2023. Je suis toutefois impatient de reprendre mon fidèle sac à dos et de me lancer dans de nouvelles aventures. À suivre…

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