
Le 19 avril 2026, j’ai fait une excursion dans les secteurs de Goboustan et d’Abşeron (Ab-ché-ron), en périphérie de Bakou. Abchéron est le nom de la péninsule où se trouve Bakou; elle mesure 60 kilomètres de long et 30 kilomètres de large. J’ai réservé cette excursion avec Baku Heritage Tours. J’ai payé 45 manats/₼ (environ 37 $ CAN), au lieu de 55 ₼ (environ 45 $ CAN), grâce à des rabais expliqués dans mon billet précédent. Mais il faut ajouter à ce montant les prix des billets d’entrée pour les divers sites, soit un supplément de 40 ₼ (environ 33 $ CAN).
Il était une fois un puits…
Donc, départ devant le bureau de Baku Heritage Tours, sur la rue Nizami, à 8 h 45. On a d’abord roulé jusqu’au premier puits de pétrole industriel au monde, foré en 1846. Il se trouve à environ 10 kilomètres à l’ouest de Bakou.

L’importance historique de la production pétrolière et gazière de l’Azerbaïdjan ne saurait être sous-estimée. L’American Association of Petroleum Geologists a publié ce solide article (en anglais) sur le sujet et je vous le recommande.

Aujourd’hui, deux pipelines partent de la région de Bakou: l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC), qui transporte du pétrole et qui aboutit à Ceyhan, port turc en mer Méditérranée, et le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzurum (BTE), qui transporte du gaz naturel et qui aboutit lui à Erzururm, au Türkiye. BTC mesure 1 776 km, ce qui en fait le deuxième plus long oléoduc au monde, après l’oléoduc Droujba, qui relie la Russie à l’Europe centrale (sur environ 4000 km). La construction de ces infrastructures, dans un même corridor, a provoqué de nombreuses controverses, tant au plan environnemental qu’au plan des droits humains. En outre, la région doit gérer une activitié sismique significative, une réalité qui a donné bien du fil à retordre aux ingénieurs de ces projets. Détail intéressant: le film The World is Not Enough (1999) montrait la construction d’un oléoduc dans la région; or le BTC et le BTC ont tous deux été mis en service en 2006. Un film visionnaire, quoi.
Des compagnies internationales comme British Petroleum, Chevron, ExxonMobil, Equinor et autres sont actives dans la région. J’ai d’ailleurs croisé un employé de la compagnie lors de mon Baku Night Tour.
La mosquée Bibi-Heybat et ses remarquables dômes
Deuxième arrêt: la mosquée chiite Bibi-Heybat. Elle a été construite au XIIIe siècle (autour des années 1280), mais les bolchéviques l’ont détruite en 1936. Elle a été reconstruite dès les années 1990, à la chute de l’U.R.S.S. Les travaux, basés sur les anciens plans et les dessins conservés, ont duré jusqu’en 2008. La mosquée a été érigée sur le site de la sépulture d’Ukeyma Khanum, une descendante du prophète Mahomet (en tant que fille de l’imam Mussa al-Kazim, septième imam chiite). La tombe avait été détruite en 1936, mais le site est resté sacré aux yeux de la communauté.

L’écrivain français Alexandre Dumas aurait visité la mosquée, à la fin des années 1850, alors qu’il baroudait dans le coin. De ce voyage est né un livre, le bien nommé Voyage au Caucase, paru en 1859.

L’extérieur de la mosquée est plutôt sobre, mais son intérieur est élégant. Les motifs des dômes, surtout, sont superbes. À preuve: ceux dans la salle de prière des hommes:

En version vidéo:
Autre détail intéressant: l’usage de la couleur verte, bien que ancré dans les différentes branches de l’islam, serait particulièrement répandu dans l’iconographie chiite. Je dirais que c’est la plus belle mosquée que j’ai visitée dans ma vie. Pas que j’en ai visité tant que ça, mais j’en ai vu assez pour être capable de les comparer.

En outre, la légende attribue à la mosquée le pouvoir de favoriser la fertilité des femmes. Peu importe la véracité de cette légende, la mosquée attire les fidèles. Elle était achalandée, lors de mon passage.

La mosquée est située à l’extérieur du centre du Bakou; je dirais à au moins dix kilomètres de celui-ci. Donc, son emplacement n’est pas idéal pour s’y rendre à pied (quoique…), mais elle est facile à atteindre en auto ou, j’imagine, en transport en commun.
Des pétroglyphes et des chats
La réserve nationale historico-artistique de Goboustan se trouve à environ 65 kilomètres au sud-ouest de Bakou. Fondée en 1966, elle est célèbre pour ses pétroglyphes. Il y en aurait au moins 6000, dans le parc. Certains remonteraient à 20 000 ans. Le site est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

La zone accessible aux tourisses est compacte. On peut donc en faire le tour en quelques minutes à peine, si on n’écoute pas les explications des guides ou si on ne lit pas les panneaux explicatifs. Mais, bon, je pense que ce serait idiot de ne pas essayer d’en apprendre un minimum sur les extraordinaires manifestations d’art rupestre de la réserve.

Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens toujours bouleversé quand je vois des réalisations humaines aussi vieilles. Comme s’il se créait alors un lien entre le moment présent et les lointaines vies des gens responsables de ces réalisations.

D’ailleurs, je me permets une digression: je vous recommande l’excellent film d’aventures préhistoriques Quest for Fire (1981), de Jean-Jacques Annaud. Surtout pour la scène finale.
DIVULGÂCHEUR
Magnifiée par un filtre bleuté et une musique envoûtante, cette scène évoque quelque chose de tellement fort, tant au plan symbolique qu’émotionnel. Quand Ika révèle son ventre arrondi par la grossesse, quand Naoh pose sa main sur celui-ci et que, ensemble, ils regardent la lune, fascinés, on perçoit toute la magie d’un geste aussi banal. Qui n’a jamais regardé la lune? Qui n’a jamais été ébloui par sa présence si unique, si émouvante? On peut facilement concevoir que c’est une expérience qui unit tous les humains, et ce, depuis des milliers et des milliers d’années.
FIN DU DIVULGÂCHEUR
Je reviens au Goboustan. L’endroit était plutôt achalandé. On était un dimanche matin, alors peut-être que ceci explique cela. En même temps, ce serait la réserve la plus visitée d’Azerbaïdjan, alors c’est peut-être comme ça tous les jours.

Le site compte quatre « roches musicales », soit de grosses roches qui, lorsque frappées par de plus petites roches, génèrent des sons ressemblant à ceux d’un tambourin.

À part ça, je me suis acheté un café (3 ₼, soit environ 2,45 $ CAN) au restaurant de la réserve. Je n’avais pas encore atteint mon minimum quotidien. Aussi, un autre édifice hébergeait d’irrésistibles chatons. Enfin, un musée des pétroglyphes, ouvert en 2011, est accessible au public, mais on n’y a pas été.

En tout cas, belle vue depuis la réserve. On voit même la mer Caspienne, au loin.

Les fameux flatulents volcans de boue

Les volcans de boue étaient l’une des raisons de mon séjour en Azerbaïdjan. Le pays en compte de 300 à 400, soit la moitié du total planétaire (entre 700 et 800). On a visité l’un des sites de volcans, toujours dans la réserve nationale historico-artistique de Goboustan. Premier constat: il vente très fort sur ce site, au point qu’on peut perdre l’équilibre.

Ces volcans résultent du phénomène suivant: des gaz naturels circulent dans les interstices de la croûte terrestre. Puis, en raison des mouvements de celle-ci, ils se rendent jusqu’à la surface et créent les bulles dans les flaques de boue. La zone connaît ainsi une activité sismique considérable. Tout comme l’ensemble du Caucase, en fait. Par exemple, le
Pour répondre à la question que vous vous posez secrètement, non, les volcans ne puent pas. Hélas. Et, non, la boue n’est pas chaude, elle est à la température ambiante. Par contre, les volcans font des bruits comiques. Comme des PETS. Oui, mes ami-e-s, ça flatule, ici. On se croirait presque dans La soupe aux choux. Presque.
J’aurais toutefois aimé en voir de plus gros. Des volcans. Pas des pets.
En outre, les gaz qui s’échappent de la boue sont inflammables.
On peut se baigner dans certains volcans, mais cette option ne nous a pas été proposée. Cependant, j’ai récemment vu, sur un groupe Facebook, des photos de gens qui l’ont fait. Mon hypothèse est que c’est possible de s’y baigner quand la température est plus propice, soit durant les mois d’été. L’activité se déroule sur d’autres sites que celui-ci, évidemment, puisque les volcans y sont trop petits.
Le terrain pour se rendre aux volcans est accidenté; il faut donc une voiture tout-terrain pour y accéder. On a payé 10 ₼ (environ 8 $ CAN) de plus chacun-e pour le véhicule. Au moins, le trajet devient vite un genre de manège amusant. Notre chauffeur ne semblait pas parler anglais, mais, à en juger par son sourire, il comprenait nos réactions joyeuses face aux rugosités de la route.
Enfin, notre guide nous a mentionné l’existence de cette vidéo divertissante, tournée sur un des sites de volcans, avec le pilote de F1 Max Verstappen.
Les volcans, ça donne faim
On est ensuite retourné-e-s à Bakou, où on a fait un long arrêt pour dîner, au Sharg Restaurant. Bonne bouffe et bonnes discussions entre les participant-e-s. Je serais toutefois resté moins longtemps au resto. Dans un commerce voisin, un chat dormait dans un présentoir.

Yanardag
Une autre attraction que je tenais à voir, durant ce voyage: Yanardag (« Montagne brûlante »). L’endroit est célèbre pour ses flammes éternelles qui brûlent sur une bande d’environ dix mètres de large, au pied d’une colline, depuis au moins les années 1950. Elles sont donc plus vieilles que la Porte de l’Enfer, au Turkménistan (1971) ou l’incendie dans la mine de charbon de Centralia, Pennsylvanie (1962). Les flammes de Yanardag seraient le résultat de la combustion de gaz naturels issus d’une combinaison de mouvements tectoniques et d’activité volcanique.

Yanardag est situé à environ 27 kilomètres de Bakou, dans le village de Mammadli. Il est facilement accessible, car il est à côté d’une route majeure.

Il semblerait que Marco Polo ait visité un site de flammes éternelles, lors de ses pérégrinations dans la région, mais je ne suis pas sûr que ce soit Yanardag. La péninsule est située au-dessus d’une zone riche en gaz naturels, alors de nombreux sites de flammes éternelles ont pu exister, à un moment ou à un autre.
Les flammes peuvent atteindre jusqu’à 3 mètres de hauteur, apparemment, mais, lors de mon passage, elles n’étaient hautes que de quelques dizaines de centimètres. Elles dégagent quand même une forte chaleur. Chose certaine, elles doivent être plus impressionnantes en soirée. Surtout avec des guimauves.
Les flammes de Yanardag ont contribué à la réputation de Land of Fire de l’Azerbaïdjan. Il ne manquait que des hauts-parleurs pour blaster le classique Blood, Fire, Death de Bathory.

Un magasin de souvenirs s’est installé devant les flammes, mais il n’y avait pas de carte postale. Quelle occasion ratée. Le site a une superficie totale de 64,55 hectares et il compte aussi un musée, un volcan de boue actif et une source d’eaux thermales naturelle; on ne les a pas explorés, par manque de temps.
Atechgah
Le temple du feu d’Atechgah (« Atechgah » est un mot persan qui signifie « maison du feu » ou « lieu du feu ») a été construit aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il est situé à Bakou, dans le district de Sourakhani, dans la localité d’Amiradjan. Au fil des siècles, il a été fréquenté par des hindous, des zoroastriens et des sikhs.

Le site était fréquenté, dès le XVe siècle, par des zoroastriens d’origine indienne qui avaient établi des relations commerciales avec des peuples de la mer Caspienne. Sans entrer dans une interminable explication théologique, je souligne que les zoroastriens ne vénèrent pas le feu en tant que tel, mais ils le considèrent comme une connexion à Dieu (appelé Ahura Mazdā), un instrument de pureté, un symbole de vérité et de vertu.

Le temple, de forme pentagonale, possède une architecture épurée. Sa cour intérieure compte trois foyers de flammes éternelles. Depuis l’extinction des sources naturelles de gaz naturel, en 1969, ils sont aujourd’hui alimentés par des tuyaux. Une des trois flammes est située dans un autel, au centre de la cour intérieure.

La flamme de l’autel est, de loin, la plus populaire.
Un caravansérail a été aménagé dans le temple pour accommoder les visiteurs. Les anciennes chambres accueillent maintenant des artefacts et des panneaux explicatifs. L’une d’elle compte même une oeuvre à l’effigie de Ganesh.

On trouve aussi de nombreuses inscriptions, dont certaines en sanskrit et en persan/farsi, qui témoignent du passage des pèlerins.

Plusieurs magasins de souvenirs sont installés en face du temple. Encore une fois, je n’ai pas vu de cartes postales. Mais pourquoi ce mépris des cartes postales? Enfin, on a eu droit à un baklava et un verre de thé gratuits, au Sweet Tooth, un magasin de confiseries, de thé et de souvenirs voisin du temple. Encore un détail intéressant: la production de thé se concentre dans le sud de l’Azerbaïdjan, dans les régions de Lenkéran et d’Astara, en raison de leur climat humide.

On finit ça au centre culturel Heydar-Aliyev

On a conclu notre journée par un tour au centre culturel Heydar-Aliyev, à Bakou. On ne l’a pas visité, on n’y a été que pour prendre des photos de son extraordinaire architecture, au couchant. J’ai visité le centre à un autre moment et j’ai adoré cette expérience.
Une intéressante mais coûteuse journée
Je recommande cette excursion, mais avec des bémols. Si vous êtes pressé-e ou si vous souhaitez rencontrer d’autres tourisses, vous apprécierez l’activité. Mais si vous voulez prendre votre temps à chaque lieu visité, vous devriez effectuer cette excursion par vous-mêmes, en transport en commun ou avec un chauffeur privé. Certes, le budget ne sera pas le même, selon l’option choisie. Mais si vous êtes flexible, côté temps et côté budget, je vous recommande l’option du chauffeur privé. Elle me semble même idéale pour un couple ou un petit groupe d’ami-e-s. Pour ma part, je voulais surtout rencontrer des gens. Et ce fut une bonne décision, car j’ai rencontré ce jour-là une sympathique Portugaise avec qui j’ai fait plusieurs activités à Bakou, par la suite.

Aussi, le prix total, avec l’ajout des entrées, de la voiture, du repas et des pourboires (le cas échéant), peut paraître élevé. Cette perception est bien sûr personnelle: quant à moi, je crois que c’est une somme élevée, oui, mais j’étais content de la payer pour ne pas avoir à gérer toute la logistique d’une telle activité. Les déplacements, surtout; je veux dire, Yanardag et les volcans de boue ne sont pas du tout dans le même secteur. Et un chauffeur privé coûte plus cher qu’une excursion en groupe. Alors, à vous de voir.
Prochain billet: excursion à Quba et Khinalig.
